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UE7 · chapitre 01 Offert

L’organisation et son management

Ce que tu sauras faire : Caractériser une organisation par ses cinq traits, distinguer sa finalité, ses buts et ses objectifs, situer une décision dans l’un des trois niveaux du management, et rattacher une action au rôle du dirigeant, du manager ou de l’entrepreneur..

4 h 53 de travail 20 exercices corrigés 10 questions de quiz État du droit vérifié le 05/09/2026
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Ce que le programme attend de toiArrêté du 4 août 2025 relatif au programme et aux modalités d’organisation des épreuves du diplôme de comptabilité et de gestion (DCG) et du diplôme supérieur de comptabilité et de gestion (DSCG) (NOR MENS2523324A), annexe 1 — programme des unités d’enseignement du diplôme de comptabilité et de gestion. Bulletin officiel de l’enseignement supérieur et de la recherche n° 32 du 28 août 2025. Programme applicable à compter de la session 2027.
Compétences

Identifier les buts et objectifs d’une organisation.

Expliquer les interdépendances et les paradoxes entre les objectifs d’une organisation donnée.

Distinguer les niveaux de management et expliquer leur rôle dans une situation donnée.

Identifier les rôles d’un dirigeant, d’un manager et d’un entrepreneur donné.

Repérer et apprécier les décisions et les actions du manager, de l’entrepreneur et du dirigeant dans des situations données.

Savoirs associés

Action collective, organisation.

Buts / objectifs.

Performance / performance globale.

Management.

Management stratégique, organisationnel, opérationnel.

Manager, entrepreneur, dirigeant.

Rôles et fonctions d’un manager, d’un dirigeant (Fayol, Drucker, Mintzberg) et d’un entrepreneur (Schumpeter).

Limites du programme
1.1 · 10 heures au programme · dont 10 h pour ce chapitre · 135 min de cours · 158 min d’entraînement
Action collectiveOrganisationFrontière de l’organisationBut partagéStructureRessourcesExistence propreFinalitéRaison d’êtreButObjectifInterdépendanceParadoxeArbitrageCourt terme / long termeCoût / qualitéProductivité / flexibilitéRentabilité / durabilitéAutonomie / contrôlePerformanceEfficacitéEfficiencePerformance globalePerformance économique et financièrePerformance socialePerformance environnementaleManagementGestionManagement stratégiqueManagement organisationnel
Trois organisations, et non une seule — **Les Ateliers Verdelet** — société anonyme, mobilier de jardin en bois, 180 salariés dans le Jura —, **l’association Grandir Ensemble** — accompagnement scolaire, douze salariés et quatre-vingt-dix bénévoles — et **le centre hospitalier de Sainte-Colombe** — établissement public de santé, six cent quarante agents. *Les trois ont des personnes, des frontières, un but, une structure et des ressources* : **les trois sont donc des organisations**, *et le management des trois s’étudie avec les mêmes notions.* **C’est tout l’objet de ce premier chapitre**, et c’est aussi ce qui distingue cette unité d’un cours de gestion d’entreprise. Les quatorze chapitres reviennent aux trois organisations chaque fois que la comparaison apprend quelque chose. Le chapitre 2 les classera selon leur forme, le chapitre 3 en dressera les parties prenantes, et le chapitre 8 en comparera les structures.

1Ce qu’est une organisation

APourquoi les hommes s’organisent

Commençons par une question qui paraît naïve et qui ne l’est pas : pourquoi les gens se mettent-ils à plusieurs pour faire quelque chose ? La réponse tient en trois mots : parce que seul, on ne peut pas. Un individu ne construit pas un pont, ne soigne pas une ville, ne fabrique pas une voiture — non par manque de volonté, mais parce que la tâche dépasse ce qu’une personne peut faire dans une vie. Dès que le but dépasse les forces d’un seul, il faut s’associer, et c’est ce que le programme appelle l’action collective.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

L’action collective ne va pourtant pas de soi, et c’est là que le management commence. Mettre dix personnes sur une tâche ne donne pas dix fois le travail d’une seule : il faut décider qui fait quoi, dans quel ordre, avec quels moyens, et vérifier que le résultat des uns s’emboîte avec celui des autres. Ce travail-là — répartir, ordonner, vérifier — n’ajoute rien au produit fini ; il est pourtant ce sans quoi le produit n’existerait pas. Toute la matière que vous commencez tient dans cette observation.

L’action collective

Une action collective est une action menée par plusieurs personnes en vue d’un but qu’aucune ne pourrait atteindre seule. Elle suppose donc deux choses, et pas une de plus : un but partagé — sans quoi chacun tire de son côté — et une coordination — sans quoi les efforts se contrarient au lieu de s’ajouter. Le programme la nomme dès sa première ligne de savoirs, et il la nomme avant l’organisation : c’est le problème, dont l’organisation est la solution.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

Toutes les actions collectives ne donnent pas naissance à une organisation, et la nuance mérite d’être posée tout de suite. Trois voisins qui déneigent leur rue un matin d’hiver mènent une action collective : elle est ponctuelle, elle ne se donne ni règles ni frontières, et elle disparaît quand la neige a fondu. Une organisation commence là où l’action collective dure : quand le groupe se donne des règles, se distingue de ce qui l’entoure, et continue d’exister quand ses membres changent.

BCe qu’une organisation suppose : un but, des moyens, une coordination

Une organisation se reconnaît à cinq traits, et il faut les avoir en tête parce que l’épreuve demande sans cesse de caractériser une organisation donnée. Ils ne sont pas cinq critères à cocher : ce sont cinq questions à poser à n’importe quelle organisation, de la boulangerie du coin au ministère. Les voici, et le tableau qui suit les reprend un à un.

Les cinq traits d’une organisation
Le traitLa question qu’il poseCe qu’on répond dans une copie
Un ensemble de personnesQui en fait partie ?L’organisation est un collectif, et elle a une existence propre : elle survit au départ de ses membres
Une frontièreQu’est-ce qui est dedans, qu’est-ce qui est dehors ?Ce qui est dehors est l’environnement, et la frontière est moins nette qu’elle n’en a l’air — un sous-traitant est-il dedans ?
Un butPourquoi existe-t-elle ?Le but est la raison d’être, et il dure : il ne se confond pas avec un objectif de l’année
Une structureComment le travail est-il réparti et coordonné ?Des règles, plus ou moins écrites, qui disent qui fait quoi et qui décide — c’est l’objet de toute la partie 3 du programme
Des ressourcesAvec quoi ?Humaines, matérielles, financières, immatérielles — et leur nature dépend de la forme de l’organisation : une association a des bénévoles
Ces cinq traits ne sont pas d’égale difficulté à repérer. Les personnes et les ressources se voient ; le but se lit dans les statuts ou le rapport annuel ; la frontière et la structure se déduisent, et ce sont elles qui font la différence dans une copie.

Le troisième trait mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il commande tout le reste : une organisation a un but, et ce but est partagé. Partagé ne veut pas dire aimé de tous : il veut dire connu et accepté comme la raison d’être du collectif. Un salarié peut trouver l’objectif de son entreprise discutable et travailler quand même à l’atteindre ; ce qui compte, du point de vue du management, est qu’il sache lequel c’est. Une organisation dont les membres ignorent le but ne coordonne plus rien, et c’est une des premières choses qu’un diagnostic managérial va chercher.

Le quatrième trait — la structure — appelle une remarque que les étudiants trouvent souvent contre-intuitive. Une structure n’est pas un organigramme : c’est l’ensemble des règles, écrites ou non, qui répartissent le travail et le coordonnent. Une association de dix bénévoles sans aucun organigramme a bel et bien une structure — celui qui tient la caisse, celle qui ouvre la salle, celui qui parle à la mairie — et cette structure informelle est parfois plus contraignante qu’un règlement. Le chapitre 8 y reviendra en détail ; retenez pour l’instant que toute organisation en a une, même quand elle n’en a pas dessiné.

CLa définition que le programme retient

Le programme demande d’identifier les buts et objectifs d’une organisation ; il ne demande pas de réciter une définition. Une définition sert pourtant à quelque chose de précis dans une copie : elle vous dit quoi chercher dans le dossier. Celle que ce manuel retient réunit les cinq traits qu’on vient de poser, et elle est faite pour être appliquée, non pour être récitée.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026
L’organisation

Une organisation est un ensemble de personnes, doté de frontières identifiables, qui fonctionne de façon durable en répartissant et en coordonnant le travail au moyen de ressources, en vue d’un but partagé par ses membres. Chaque mot de cette phrase renvoie à l’un des cinq traits, et chaque mot se vérifie sur un cas donné : qui ? jusqu’où ? pour quoi ? comment ? avec quoi ? Une copie qui répond à ces cinq questions a caractérisé son organisation, même sans avoir écrit la définition.

Une conséquence de cette définition est qu’elle recouvre beaucoup plus que les entreprises, et le programme y insiste. Un hôpital, une commune, un syndicat, une association sportive, une coopérative agricole, un ministère : toutes ces réalités entrent dans la définition, et toutes relèvent du management. C’est d’ailleurs le titre de l’unité : management des organisations, et non management de l’entreprise. La distinction n’est pas cosmétique : elle vous prévient qu’un sujet peut porter sur une mairie ou sur une mutuelle, et qu’il faudra alors raisonner sans parler de profit. Le chapitre 2 passera ces formes en revue une à une.

L’entreprise n’est qu’une organisation parmi d’autres
PCG

L’erreur la plus fréquente de cette unité est de traiter toute organisation comme une entreprise. Elle se voit à des détails de vocabulaire : parler de clients pour les usagers d’un service public, de chiffre d’affaires pour une association subventionnée, d’actionnaires pour une coopérative. Chacun de ces mots signale au correcteur que la spécificité de l’organisation n’a pas été vue, et c’est précisément ce que la première compétence de la sous-partie 1.2 demande de repérer. La règle de survie est simple : avant d’écrire une phrase, demandez-vous si elle resterait vraie pour l’organisation du dossier, ou si vous l’avez apprise pour une entreprise.

Une précision sur ce que ce manuel publie et sur ce qu’il ne publie pas, car elle vaut pour tout ce chapitre. On lit couramment que la France compte tel nombre d’entreprises, que telle proportion d’entre elles sont des très petites entreprises, ou que la moitié disparaît en cinq ans. Nous ne publions pas ces chiffres, parce que nous ne les avons lus, pour ce chapitre, sur aucune source de première main : un chiffre dont on ignore l’année, le champ couvert et la méthode de comptage ne vaut rien dans une copie, et il vieillit sans prévenir. Cela ne retire rien à l’épreuve : un sujet fournit toujours les données de son dossier, et ce qu’il note est ce que vous en faites, non le fait de les connaître par cœur.

2Ce que l’organisation poursuit

AFinalité, but, objectif : trois mots que l’on confond

Le programme emploie deux mots dans la même ligne de savoirs — buts / objectifs — et un troisième circule partout dans les copies : la finalité. Les trois désignent bien ce que l’organisation poursuit, mais ils ne se situent pas au même niveau, et les employer l’un pour l’autre coûte des points parce que cela brouille l’analyse.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026
La finalité, le but, l’objectif

La finalité est la raison d’être de l’organisation, ce pour quoi elle existe : elle ne se date pas et ne se chiffre pas. Servir le public, produire du profit, défendre une cause. Le but est la traduction durable de cette finalité en une direction : rester le premier fabricant français de son produit, couvrir tout le département. L’objectif est ce que l’organisation se donne à atteindre dans un délai donné, et il se mesure : ouvrir trois agences avant la fin de l’année, réduire de moitié les accidents du travail en deux ans. La règle qui les sépare tient en une phrase : une finalité ne s’atteint jamais, un but s’oriente, un objectif se coche.

Cette hiérarchie n’est pas un jeu de vocabulaire, et un exemple le montre en trois lignes. Un centre hospitalier a pour finalité de soigner — cette finalité ne sera jamais atteinte, car il y aura toujours des malades. Son but peut être de devenir l’établissement de référence de son territoire pour une spécialité : une direction, qu’on suit ou qu’on quitte. Son objectif de l’année sera de ramener le délai moyen d’attente aux urgences sous un seuil précis : une cible, atteinte ou manquée, et mesurable. Un dossier d’examen mélange les trois niveaux, et la première chose que fait une bonne copie est de les remettre chacun à sa place.

Reconnaître à coup sûr lequel des trois on a sous les yeux
PCG

Trois questions suffisent, et elles se posent dans cet ordre. Un : est-ce daté ? — si oui, c’est un objectif. Deux : est-ce mesurable ? — si oui, c’est encore un objectif. Trois : cela pourrait-il être atteint un jour, définitivement ? — si non, c’est une finalité ; si oui mais sans date, c’est un but. Un raccourci utile : dans un rapport annuel, la finalité est dans la première phrase, les objectifs sont dans les tableaux.

Une observation pour finir, qui servira souvent. Les trois niveaux — finalité, but, objectif — ne sont pas également visibles dans un dossier d’examen. L’objectif est presque toujours donné, parce qu’il est chiffré et qu’un dossier aime les chiffres ; le but se devine dans une phrase du dirigeant ; la finalité, elle, n’est presque jamais écrite — elle se déduit de la forme de l’organisation et de son objet. Une copie qui remonte de l’objectif donné jusqu’à la finalité non écrite montre qu’elle a compris la hiérarchie ; une copie qui recopie les objectifs chiffrés du dossier n’a fait que lire. C’est un réflexe à prendre dès maintenant, car il vaut pour les treize chapitres suivants.

BDes objectifs qui se contredisent, et c’est normal

Une organisation ne poursuit jamais un seul objectif, et c’est de là que vient la difficulté du management. Si elle n’en avait qu’un, il suffirait de le maximiser : il n’y aurait ni arbitrage, ni décision difficile, ni besoin de manager. La réalité est qu’une organisation poursuit en même temps des objectifs qui se gênent, et que le programme demande expressément d’expliquer ces interdépendances et ces paradoxes.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026
Des objectifs qui tirent dans des sens opposés
La tensionCe que veut le premier objectifCe que veut le secondCe qui se joue
Court terme / long termeUn résultat visible cette annéeUn investissement qui ne rapportera que dans cinq ansChaque euro dépensé pour l’un manque à l’autre ; un dirigeant jugé sur l’année arbitre rarement pour l’avenir
Coût / qualitéProduire moins cherProduire mieuxLa qualité se paie, et le client ne la paie pas toujours : c’est l’arbitrage le plus courant
Productivité / flexibilitéDes séries longues, des postes spécialisésLa capacité de changer vite de productionCe qui rend efficace rend rigide ; l’atelier le mieux réglé est le plus lent à se reconvertir
Rentabilité / durabilitéLe meilleur résultat pour l’organisationUn effet supportable sur l’environnement et la sociétéLe programme en fait un enjeu central ; la sous-partie 1.3 y consacre quinze heures
Autonomie / contrôleDes équipes qui décident viteUne direction qui garde la mainDécentraliser accélère et fait perdre la maîtrise ; le chapitre 8 en fera un caractère de structure
Aucune de ces tensions ne se résout : elles se tiennent. C’est le mot exact du programme, qui parle de paradoxes — un paradoxe n’a pas de solution, il a un point d’équilibre, et ce point se déplace avec le contexte.
Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

Le mot d’interdépendance, que le programme emploie à côté de celui de paradoxe, désigne autre chose et il faut les distinguer. Deux objectifs sont interdépendants quand l’un ne peut être atteint sans l’autre : une entreprise ne tiendra pas ses objectifs de qualité si elle ne tient pas ses objectifs de formation. Deux objectifs sont paradoxaux quand progresser sur l’un fait reculer l’autre. Une copie qui écrit ces objectifs sont contradictoires là où ils sont en réalité liés dit exactement l’inverse de la vérité, et le correcteur le voit tout de suite.

Un objectif de durabilité n’est pas nécessairement un coût
A
Annoncer
On présente souvent la durabilité comme un objectif qui s’oppose à la rentabilité ; la réalité est plus intéressante, parce que les deux sont parfois interdépendants.
E
Expliquer
Le raisonnement tient en trois temps. Un : une action de durabilité coûte de l’argent à court terme — isoler un bâtiment, changer un procédé, former le personnel. Deux : la même action réduit une consommation, donc une charge, et cette économie se répète chaque année. Trois : au-delà d’un certain nombre d’années, la somme des économies dépasse la dépense initiale. L’objectif de durabilité et l’objectif de rentabilité ne s’opposent alors plus : ils sont interdépendants, et c’est l’horizon de temps retenu qui décide lequel des deux mots convient. Le paradoxe véritable n’est donc pas entre durabilité et rentabilité : il est entre le court terme et le long terme, et il était déjà dans la première ligne du tableau.
I
Illustrer
Un exemple chiffré, construit pour la démonstration. Une installation d’éclairage économe coûte 40 000 € et fait économiser 9 000 € d’électricité par an. La première année, l’objectif de rentabilité recule : le résultat est amputé de 31 000 €. À partir de la cinquième année, l’opération a rapporté 5 000 €, et elle rapporte 9 000 € de plus chaque année ensuite. Le même investissement est donc un coût sur un an et un gain sur cinq — et le mot qui le qualifie change avec la durée de l’analyse, non avec la nature de l’action.

CLes paradoxes que le management doit tenir

Ce que le manager fait de ces tensions est précisément ce que l’épreuve demande d’apprécier. Il ne les supprime pas : il choisit un point d’équilibre, l’explique, et le déplace quand le contexte change. Trois attitudes se rencontrent dans les dossiers, et une seule est défendable en copie.

Trois façons de traiter un paradoxe, dont une seule tient
  • Nier le paradoxe. Le dirigeant affirme qu’on peut avoir à la fois le coût le plus bas et la qualité la plus haute. C’est ce que le discours d’entreprise fait souvent, et le résultat est que personne dans l’organisation ne sait ce qu’il doit sacrifier quand il faut choisir.
  • Trancher une fois pour toutes. Le dirigeant décide que le coût prime, définitivement. L’organisation devient lisible et devient rigide : elle ne saura pas répondre le jour où le marché demandera de la qualité.
  • Tenir le paradoxe, et le dire. Le dirigeant reconnaît la tension, fixe le point d’équilibre du moment, dit à quelles conditions il le déplacera, et donne à chacun une règle pour arbitrer au quotidien. C’est la seule attitude qu’une copie peut recommander, et c’est aussi la plus exigeante.

Une précision sur la manière de rédiger, car elle vaut pour toute l’unité. Repérer un paradoxe ne suffit pas : il faut dire ce qu’il coûte à l’organisation étudiée, dans sa situation. Écrire qu’une entreprise est prise entre coût et qualité est une phrase de manuel ; écrire que cette entreprise-là, dont le client principal exige un prix bas et dont la réputation repose sur la finition, ne peut pas céder sur la seconde sans perdre la première, est une phrase de copie. La différence entre les deux fait plusieurs points.

Ce qu’il faut retenir des buts et des objectifs

Un. Finalité, but et objectif ne sont pas au même niveau : seul l’objectif est daté et mesurable. Deux. Une organisation poursuit toujours plusieurs objectifs, et certains se gênent : ce sont les paradoxes que le programme demande d’analyser. Trois. Interdépendance et paradoxe ne sont pas la même chose : l’une lie, l’autre oppose. Quatre. Un paradoxe ne se résout pas, il se tient : la bonne réponse n’est jamais de supprimer une des deux exigences, elle est de dire où l’on place le curseur et pourquoi.

Un mot sur ce que ces paradoxes deviennent quand on descend dans l’organisation, car c’est là qu’ils font le plus de dégâts. Un dirigeant qui n’a pas tranché laisse à chacun le soin de le faire à sa place : le commercial promet un délai que l’atelier ne peut pas tenir, l’atelier sacrifie une finition pour le tenir quand même, et le service qualité refuse le lot. Personne n’a mal travaillé ; chacun a arbitré seul un paradoxe que personne n’avait tranché. C’est ce que le management appelle un problème de cohérence, et c’est le sujet de la dernière sous-partie du programme : apprécier la cohérence des moyens opérationnels avec la stratégie et les moyens organisationnels.

3La performance, et ce qu’elle mesure

AEfficacité, efficience : mesurer ce qu’on a fait

Une organisation qui poursuit des objectifs veut savoir si elle les atteint : c’est la performance. Le mot est d’usage courant et il est employé de travers presque partout : on dit d’une entreprise qu’elle est performante sans jamais dire par rapport à quoi. Or la performance n’est jamais absolue : elle est toujours la comparaison d’un résultat obtenu à quelque chose — à un objectif, à l’année précédente, à un concurrent, aux moyens engagés.

Deux mots découpent cette comparaison, et il faut les tenir séparés. Le premier regarde le résultat : l’objectif est-il atteint ? Le second regarde le chemin : à quel prix ? Une organisation peut être efficace sans être efficiente — elle a fait ce qu’elle devait, en gaspillant — et l’inverse existe aussi : elle a économisé ses moyens, et raté sa cible. Une copie qui n’emploie qu’un des deux mots ne dit que la moitié du diagnostic.

Efficacité et efficience

Une organisation est efficace lorsqu’elle atteint l’objectif qu’elle s’était fixé : on compare le résultat obtenu au résultat visé, et l’on répond par oui ou par non. Elle est efficiente lorsqu’elle l’atteint en consommant le moins de ressources possible : on compare le résultat obtenu aux moyens engagés, et l’on répond par un rapport. La performance réunit les deux : faire ce qu’il fallait, et le faire sans gaspiller. Le moyen mnémotechnique tient en deux mots : l’efficacité vise la cible, l’efficience vise le coût de la flèche.

Deux services d’une même mairie

Le service de l’état civil s’était donné pour objectif de délivrer toute carte d’identité en moins de trois semaines ; il y parvient. Il est efficace. Pour y parvenir, il a doublé ses effectifs et payé des heures supplémentaires tout l’été. Il n’est donc pas efficient, et la question du maire sera : pouvait-on tenir le même délai autrement ? Le service des espaces verts, lui, a réduit son budget de fournitures d’un cinquième — il est efficient — mais la moitié des massifs n’ont pas été replantés : il n’est pas efficace. Aucun des deux n’est performant, et ils ne le sont pas pour des raisons opposées.

BLa performance globale : financière, sociale, environnementale

Pendant longtemps, mesurer la performance d’une entreprise voulait dire mesurer son résultat financier ; le programme de cette unité ne s’en contente plus, et il nomme expressément la performance globale. Le mot dit ce qu’il veut dire : la performance ne se juge plus sur une seule dimension, mais sur trois, dont deux ne se comptent pas en euros.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026
Les trois dimensions de la performance globale
La dimensionCe qu’elle mesureComment on la mesurePour qui elle compte d’abord
Économique et financièreCe que l’activité dégage, et ce qu’elle rapporte à ceux qui l’ont financéeDes indicateurs monétaires : marge, résultat, rentabilité, délais, coûts, qualitéLes apporteurs de fonds, les prêteurs, le dirigeant
SocialeCe que l’organisation fait aux personnes qui y travaillent et à celles qu’elle toucheDes indicateurs non monétaires : accidents, absentéisme, formation, égalité, anciennetéLes salariés, leurs représentants, le territoire
EnvironnementaleCe que l’activité prélève et ce qu’elle rejetteDes indicateurs physiques : consommations, émissions, déchets, ressources employéesLa société tout entière, et de plus en plus les financeurs
Ces trois dimensions ne s’additionnent pas, et c’est ce qui rend la performance globale difficile à manier : on ne peut pas retrancher des tonnes de gaz à des euros. On les publie donc côte à côte, et c’est au lecteur de les mettre en balance — ce qui est exactement ce que la sous-partie 1.3 appellera la matrice de matérialité.
Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

Il faut se garder d’une lecture naïve de ce tableau : la performance globale n’est pas la somme de trois performances. Une organisation peut être excellente sur les trois colonnes et mal gérée — si ses trois séries d’indicateurs ne parlent pas de la même chose que ses objectifs. Et elle peut afficher de bons chiffres environnementaux sans avoir rien changé : c’est ce que le chapitre 3 nommera l’écoblanchiment. La performance globale est donc un cadre de lecture, non un score, et une copie qui la traite comme une note sur vingt se trompe.

La performance globale ne se juge pas sans savoir qui la mesure
A
Annoncer
Le même indicateur peut dire deux choses opposées selon celui qui le lit, et c’est pourquoi la performance globale ne se juge jamais indépendamment de la partie prenante qui la regarde.
E
Expliquer
Le mécanisme est le suivant. Un indicateur ne prend son sens qu’à l’intérieur d’un objectif, et les parties prenantes d’une organisation n’ont pas les mêmes objectifs : un actionnaire regarde ce que l’activité lui rend, un salarié ce qu’elle lui fait, un riverain ce qu’elle rejette. Une même décision peut donc améliorer la performance pour l’un et la dégrader pour l’autre — et le rôle du management est précisément d’arbitrer entre ces lectures, non de faire comme si elles n’en formaient qu’une. C’est ce qui explique que le programme place les parties prenantes juste après les objectifs : on ne peut pas parler de performance sans dire pour qui.
I
Illustrer
Prenons une décision unique et suivons-la sur trois regards. Une entreprise ferme un atelier de 60 personnes et transfère la production sur un site voisin. Performance financière : l’économie annoncée est de 2 millions d’euros par an, et le cours de l’action réagit favorablement. Performance sociale : 60 emplois disparaissent d’un bassin, l’absentéisme sur le site d’accueil augmente pendant 2 ans. Performance environnementale : les transports internes s’allongent de 45 kilomètres par jour. Une seule décision, trois verdicts — et aucune méthode ne les additionne.

CCe que le programme demande d’en dire

Ce que le programme attend sur la performance est plus modeste que ce que le mot laisse craindre, et il faut le dire pour éviter le hors-sujet. La sous-partie 1.1 nomme la performance et la performance globale parmi ses savoirs ; elle ne demande ni de construire des indicateurs, ni de calculer quoi que ce soit. Ce qui est attendu est d’identifier les objectifs d’une organisation et d’expliquer leurs interdépendances et leurs paradoxes — la performance est l’outil de cette explication, non son objet.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026
Ne confondez pas cette unité avec le contrôle de gestion
PCG

Le calcul d’indicateurs de performance relève d’une autre unité, et le programme de management le dit à propos du diagnostic stratégique : il n’est pas attendu à ce niveau une mobilisation des outils des autres unités, notamment contrôle de gestion. En management, on nomme un indicateur, on dit ce qu’il mesure et ce qu’il ne mesure pas, et l’on en tire une appréciation ; on ne le calcule pas. Une copie qui déroule un calcul de rentabilité en UE 7 perd le temps qu’elle aurait dû passer à commenter.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

Une dernière remarque, qui vaut pour tout le reste de l’unité. La performance est le point où les quatre parties du programme se rejoignent : le management stratégique choisit les terrains sur lesquels l’organisation veut être performante, le management organisationnel met en place ce qui permet aux personnes de l’être, et le management opérationnel fait le travail au jour le jour. Si vous ne deviez retenir qu’une phrase de ce chapitre, ce serait celle-là : les trois niveaux du management ne sont pas trois matières, ce sont trois façons de servir le même but.

Un dernier point sur la place de ce chapitre dans l’épreuve, car il détermine la façon de le réviser. Les notions posées ici ne font presque jamais l’objet d’une question à elles seules : on ne vous demandera pas de définir la performance globale. On vous demandera d’identifier les objectifs d’une organisation à partir d’un dossier, d’expliquer pourquoi deux d’entre eux se gênent, et de situer une décision. Ces notions sont donc des outils, non un chapitre à réciter : la bonne façon de les réviser est de les appliquer à une organisation que vous connaissez — votre entreprise, votre école, votre club — jusqu’à ce que les cinq traits et les trois niveaux viennent sans effort.

4Manager, ses niveaux et ses rôles

AManager, c’est décider et faire agir

Nous avons décrit ce qu’est une organisation, ce qu’elle poursuit et comment elle se juge ; il reste à nommer l’activité qui fait tenir tout cela ensemble. Le management est cette activité, et le programme la place au cœur de sa première sous-partie : délimiter les objectifs et les périmètres du management.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026
Le management

Le management est l’activité qui consiste à conduire une organisation vers ses objectifs, en décidant de ce qu’il faut faire et en faisant agir ceux qui le feront. Deux verbes la résument, et ils sont inséparables : décider — fixer une direction, arbitrer entre des possibles, allouer des moyens — et faire agir — organiser, animer, contrôler. Un dirigeant qui décide sans faire agir ne produit que des notes de service ; un dirigeant qui fait agir sans décider laisse son organisation aller où elle veut.

Un mot sur le voisinage entre management et gestion, parce que la question revient. Les deux mots sont aujourd’hui employés l’un pour l’autre, et ce manuel ne les oppose pas. On observe seulement une nuance d’usage : gestion évoque plutôt l’administration des ressources et des chiffres, management plutôt la conduite des hommes et des choix. Aucun texte ne fixe cette nuance, et une copie qui bâtirait un développement sur cette opposition prendrait un risque inutile.

Une chose, en revanche, distingue nettement le management d’une simple exécution : il porte sur des situations où plusieurs réponses sont possibles. Exécuter, c’est appliquer une règle qui existe ; manager, c’est trancher là où la règle ne dit pas. C’est pourquoi le programme consacre quinze heures à la décision et quinze au pouvoir : ce sont les deux faces de ce qui se passe quand la règle ne suffit plus. Le programme nomme d’ailleurs, dans cette même sous-partie, quatre auteurs qui ont décrit ce que fait un manager — Fayol, Drucker, Mintzberg — et ce que fait un entrepreneur — Schumpeter. Ce qui suit leur est entièrement consacré, et il faut les avoir lus avant d’aborder la partie 2 du programme.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

BStratégique, organisationnel, opérationnel

Le programme demande de distinguer les niveaux de management et d’expliquer leur rôle dans une situation donnée : c’est une compétence à part entière, et elle tombe presque à chaque session. Les trois niveaux ne se distinguent ni par le grade de celui qui décide, ni par la taille de la décision : ils se distinguent par l’horizon de temps et par ce que la décision engage.

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Les trois niveaux du management
Le niveauL’horizonCe qu’il décideCe qui est engagéUn exemple
StratégiquePlusieurs annéesSur quels terrains l’organisation veut exister, et avec quels moyens durablesL’existence même de l’organisation : une erreur ne se rattrape pas dans l’annéeOuvrir une activité de location à côté de la vente
OrganisationnelDe quelques mois à quelques annéesComment le travail est réparti, coordonné, décidé et animéLa capacité de l’organisation à exécuter sa stratégiePasser d’une structure par fonctions à une structure par produits
OpérationnelLe jour, la semaine, le moisComment chaque activité est menée au quotidienLa performance immédiate, et la satisfaction du client ou de l’usagerRéorganiser les tournées de livraison de la semaine
Le programme consacre 30 heures au niveau stratégique, 80 au niveau organisationnel et 50 au niveau opérationnel. Ce poids n’est pas neutre : il dit que l’unité met l’accent sur la compréhension du comportement humain, ce que le texte des objectifs affirme expressément.
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Une erreur classique consiste à croire que le niveau stratégique appartient au dirigeant et l’opérationnel aux exécutants ; c’est faux, et le dire coûte des points. Un chef d’atelier prend des décisions stratégiques quand il engage l’atelier pour trois ans en choisissant une machine : la décision est stratégique par son horizon et par ce qu’elle engage, non par le grade de celui qui la prend. Inversement, un directeur général qui arbitre une réclamation client prend une décision opérationnelle. Le critère est la décision, jamais la personne.

Les trois niveaux ne sont pas trois étages, mais trois horizons
A
Annoncer
Représenter les trois niveaux comme une pyramide où l’on descend du dirigeant vers l’exécutant est commode et trompeur : ce qui les sépare est l’horizon de temps, non la hiérarchie.
E
Expliquer
Trois raisons l’établissent. Un : dans une organisation plate — une association, un cabinet, une jeune entreprise — les trois niveaux existent alors qu’il n’y a presque pas de hiérarchie. Deux : dans une organisation très hiérarchisée, la même personne passe d’un niveau à l’autre plusieurs fois par jour, sans changer de fonction. Trois : les décisions ne remontent pas la pyramide dans l’ordre — une observation opérationnelle peut faire réviser une stratégie, et c’est même la façon dont beaucoup de stratégies se corrigent. La pyramide décrit un organigramme ; les trois niveaux décrivent des décisions, et confondre les deux conduit à ranger les décisions par le grade de leur auteur, ce qui est exactement l’erreur que l’épreuve sanctionne.
I
Illustrer
Une même journée, dans une entreprise de 180 salariés. À 9 heures, la directrice arbitre une réclamation sur une commande de 4 200 € : décision opérationnelle. À 11 heures, elle tranche le rattachement du service qualité, qui dépendait de la production depuis 12 ans : décision organisationnelle. À 15 heures, elle engage l’entreprise sur un contrat-cadre de 5 ans avec un distributeur : décision stratégique. Une seule personne, un seul grade, trois niveaux — la preuve que le critère n’est pas la place dans l’organigramme.

CCe qui sépare le dirigeant, le manager et l’entrepreneur

Le programme demande d’identifier les rôles d’un dirigeant, d’un manager et d’un entrepreneur donné, puis de repérer et d’apprécier leurs décisions dans des situations données. Deux compétences, donc, et elles se suivent : il faut d’abord savoir de qui l’on parle, ensuite juger ce qu’il fait. Ce chapitre traite les deux, et il commence par le plus simple en apparence : nommer.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

Les trois mots ne désignent ni trois personnes, ni trois grades : ils désignent trois rôles, et la même personne peut les tenir tous les trois. Camille Verdelet dirige les Ateliers Verdelet — elle est dirigeante ; elle anime une équipe de six responsables — elle est manager ; elle a lancé, l’an dernier, une gamme que personne ne faisait — elle a agi en entrepreneur. Cette superposition est la règle dans les petites organisations, et l’épreuve la met souvent en scène : c’est le rôle qu’il faut nommer, non la personne.

Une question se pose immédiatement, et il vaut mieux la traiter maintenant qu’au moment de la copie : peut-on être manager sans avoir de subordonné ? La réponse tient à la définition : le manager répond d’une unité et des personnes qui y travaillent, donc il lui faut des personnes. Mais l’autorité hiérarchique n’est pas la seule forme de responsabilité sur des personnes : un chef de projet qui anime pendant dix-huit mois une équipe empruntée à quatre services exerce bien un rôle de manager, sans que personne ne lui soit rattaché. C’est une situation extrêmement fréquente dans les organisations d’aujourd’hui, et le programme y reviendra en traitant la structure par projets.

Le dirigeant, le manager, l’entrepreneur

Le dirigeant est celui qui a la responsabilité de l’organisation dans son ensemble : il en répond devant les propriétaires, les adhérents ou l’autorité de tutelle, et il engage l’organisation par ses décisions. Il peut être propriétaire ou non. Le manager est celui qui a la responsabilité d’une unité et des personnes qui y travaillent : il répartit le travail, l’organise, l’anime et le contrôle. L’entrepreneur est celui qui met en œuvre une idée nouvelle en supportant le risque de son échec : il crée une activité, un produit, un procédé ou une organisation. Un dirigeant est presque toujours manager ; il n’est entrepreneur que lorsqu’il prend un risque nouveau.

Il faut souligner ce que la troisième définition a de particulier, parce que c’est elle qui trompe. Le dirigeant et le manager se reconnaissent à une position — on les trouve dans un organigramme. L’entrepreneur se reconnaît à un acte : innover en supportant le risque. On peut donc être entrepreneur sans avoir créé d’entreprise — un salarié qui lance en interne une activité nouvelle en assume l’échec — et on peut diriger une entreprise sans être entrepreneur : reprendre une affaire et la gérer telle quelle ne relève d’aucune innovation.

Ce qui sépare les trois rôles tient en trois questions : sur quoi porte la responsabilité, quel risque est supporté, et sur quel horizon. Le tableau ci-dessous les met côte à côte, et il faut le lire en colonnes autant qu’en lignes : c’est la comparaison qui apprend, non l’énumération.

Trois rôles, comparés sur cinq questions
La questionLe dirigeantLe managerL’entrepreneur
De quoi est-il responsable ?De l’organisation entièreD’une unité et de ses membresD’un projet nouveau
Devant qui ?Les propriétaires, les adhérents, la tutelleSa hiérarchie, et son équipeLui-même, et ceux qui ont financé le risque
Quel risque supporte-t-il ?Celui de la pérennité de l’organisationCelui de ne pas atteindre ses objectifs — un risque professionnel, non patrimonialCelui de l’échec de son idée, souvent avec son propre argent
Sur quel horizon agit-il ?Le long terme, et le court quand il le fautLe mois, le trimestre, l’annéeLe temps que met l’idée à réussir ou à échouer
Que fait-il de la routine ?Il l’organiseIl la fait fonctionnerIl la brise — c’est la définition même de son rôle
La dernière ligne est celle qui rapporte des points. Le manager cherche à faire tourner ce qui existe, mieux et moins cher ; l’entrepreneur cherche à faire ce qui n’existait pas. Les deux attitudes sont nécessaires et elles se contrarient : c’est un paradoxe du management, au sens de ce qui précède.
Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

Il faut se garder d’une lecture morale du tableau, car elle guette et elle coûte cher. Les cinq lignes décrivent trois façons de répondre de quelque chose ; elles ne classent pas les rôles du plus noble au moins noble. L’époque valorise l’entrepreneur et se méfie un peu du manager, présenté comme celui qui gère au lieu de créer ; cette hiérarchie implicite n’appartient pas au programme, et elle rend aveugle à ce que l’organisation doit à ceux qui la font fonctionner. Une usine qui livre ce qu’elle a promis, à la date promise, au prix promis, est le résultat d’un travail managérial considérable et invisible : on ne le remarque que le jour où il cesse.

Ce qui les réunit est plus intéressant encore que ce qui les sépare, et une copie qui le dit se distingue. Les trois rôles supposent la même chose : décider sans avoir toute l’information, et faire agir des personnes qu’on ne commande jamais complètement. Le dirigeant ignore ce que fera le marché, le manager ignore ce que pense son équipe, l’entrepreneur ignore si son idée prendra. Aucun des trois ne travaille dans la certitude — et c’est pourquoi le programme consacre une sous-partie entière à la décision et une autre au pouvoir.

Le manager n’est pas un entrepreneur au petit pied
A
Annoncer
On présente souvent le manager comme un entrepreneur privé de moyens ou de courage ; c’est une erreur de raisonnement, parce que les deux rôles ne poursuivent pas le même objectif.
E
Expliquer
Le manager a pour tâche de rendre reproductible ce qui marche : il standardise, il documente, il forme, il contrôle — et la réussite de son travail se mesure à la régularité du résultat. L’entrepreneur a pour tâche de rompre avec ce qui existe : il essaie, il rate, il recommence — et la réussite de son travail se mesure à la nouveauté du résultat, non à sa régularité. Les deux logiques sont donc opposées, et une organisation a besoin des deux : une organisation faite uniquement d’entrepreneurs ne livre jamais deux fois la même chose ; une organisation faite uniquement de managers ne fait jamais rien de neuf. L’enjeu managérial n’est pas de choisir entre les deux, il est de loger les deux dans la même maison — ce que le programme appellera l’intrapreneuriat au chapitre 8.
I
Illustrer
Une même entreprise, deux résultats, deux façons de les juger. L’atelier des Ateliers Verdelet produit 12 000 salons de jardin par an avec un taux de rebut de 1,4 % : c’est une réussite managériale, et elle se juge sur la stabilité de ces 2 nombres d’une année sur l’autre. La même année, l’entreprise lance une gamme de mobilier en bois recyclé : sur 4 modèles essayés, 3 n’ont pas trouvé leur public et 1 représente déjà 6 % du chiffre d’affaires. C’est une réussite entrepreneuriale, et elle se juge sur le seul modèle qui a marché — les 3 échecs étant le prix normal du quatrième.

Une dernière observation, et elle prépare toute la suite du chapitre. Les trois rôles ne se distinguent bien que sur des actions précises : dès qu’on raisonne sur des personnes en général, tout se mélange. La méthode qui fonctionne, en examen comme dans la vie d’une organisation, consiste donc à partir toujours d’un acte — une décision, une réunion, une signature, un lancement — et à demander de quoi cet acte engage son auteur. C’est exactement ce que fera la quatrième partie de ce chapitre, et c’est aussi ce que la seconde compétence de la sous-partie demande : repérer et apprécier des décisions et des actions, et non décrire des personnes.

5Trois lectures du travail du manager

AFayol et les cinq fonctions de l’administration

L’arrêté nomme trois auteurs pour décrire ce que fait un manager : Fayol, Drucker et Mintzberg. Ce n’est pas une bibliographie : c’est une connaissance exigible, et chacun des trois répond à la même question d’une façon différente. Fayol dit ce qu’un manager devrait faire ; Mintzberg dit ce qu’il fait réellement ; Drucker dit ce sur quoi il faut le juger. Les trois lectures ne se contredisent pas : elles se complètent, et une copie qui les oppose passe à côté.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

Le premier est un ingénieur français du début du vingtième siècle, et il a fait quelque chose que personne n’avait fait avant lui : il a décrit le travail de direction comme un métier. Avant lui, on considérait que diriger s’apprenait sur le tas, ou ne s’apprenait pas ; Fayol soutient que c’est une fonction, qu’elle a un contenu, et qu’elle s’enseigne. L’existence même de l’unité que vous préparez découle de cette idée.

Henri Fayol1841-1925 · école classique · Administration industrielle et générale, 1916
Le travail de direction est une fonction de l’entreprise comme les autres — la fonction administrative — et elle se décompose en cinq activités qui peuvent être enseignées : prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler.
En clair
Fayol distingue six fonctions dans une entreprise — technique, commerciale, financière, de sécurité, comptable, et administrative — et il observe que les cinq premières sont étudiées et enseignées, tandis que la sixième ne l’est pas. Or c’est elle qui revient au dirigeant, et elle est d’autant plus importante qu’on s’élève dans la hiérarchie. Il la décompose alors en cinq verbes : prévoir — scruter l’avenir et dresser un programme d’action ; organiser — doter l’entreprise de ce qui lui est utile, en hommes et en moyens ; commander — faire fonctionner le personnel ; coordonner — unir et harmoniser les actes ; contrôler — veiller à ce que tout se passe conformément aux règles et aux ordres. La thèse est que ces cinq activités décrivent le travail de tout dirigeant, quelle que soit l’entreprise, et qu’elles s’apprennent.
Aujourd’hui
Sa portée est considérable et elle dure : les fonctions de la plupart des organigrammes actuels sont encore celles de Fayol, et les cinq verbes se retrouvent dans presque toutes les définitions modernes du management — y compris dans celle que ce manuel a posée plus haut dans ce chapitre.
La critique
Deux critiques lui sont adressées. La première vient de Mintzberg : le travail réel d’un dirigeant ne ressemble pas à ces cinq verbes, il est bien plus morcelé. La seconde tient à son postulat sur les hommes : commander suppose que le personnel exécute, ce que l’école des relations humaines contestera — le chapitre 6 y reviendra.
Henri Fayol, Administration industrielle et générale (1916) · consulté le 04/09/2026

Une remarque de méthode, valable pour les quatre auteurs de ce chapitre. Citer un nom ne rapporte rien : ce qui rapporte, c’est la thèse, et l’usage qu’on en fait sur le cas du dossier. Écrire, tel quel, que selon Fayol le manager prévoit, organise, commande, coordonne et contrôle, est une récitation ; écrire que la directrice consacre l’essentiel de son temps à commander et à contrôler, et presque rien à prévoir, ce qui explique que l’entreprise soit prise de court par la commande du distributeur, est une analyse. La différence vaut plusieurs points à chaque question.

BMintzberg et les dix rôles du manager

Un demi-siècle plus tard, un chercheur canadien fait une chose simple et qui n’avait pas été faite : il va regarder des dirigeants travailler. Il suit cinq directeurs généraux, note ce qu’ils font heure par heure, et le résultat contredit Fayol sur un point important : le travail réel n’a rien de la belle ordonnance des cinq verbes. Il est fait d’interruptions, de conversations brèves, de décisions prises dans l’urgence sur une information partielle.

Henry Mintzbergné en 1939 · approche descriptive du management · Le manager au quotidien : les dix rôles du cadre, 1973
Le travail réel du manager n’est ni ordonné ni réfléchi : il est bref, fragmenté et oral, et il se décompose en dix rôles répartis en trois familles — interpersonnels, informationnels et décisionnels.
En clair
Mintzberg observe que le dirigeant passe l’essentiel de son temps en contacts — réunions, conversations, appels — et qu’il traite un grand nombre de sujets brefs plutôt qu’un petit nombre de sujets longs. Il en tire une description en dix rôles. Trois rôles interpersonnels : symbole — il représente l’organisation ; leader — il répartit et coordonne le travail de ses subordonnés ; agent de liaison — il entretient le réseau extérieur. Trois rôles informationnels : observateur actif — il cherche l’information ; diffuseur — il la transmet à l’intérieur ; porte-parole — il parle au nom de l’organisation. Quatre rôles décisionnels : entrepreneur — il provoque le changement ; régulateur — il traite les perturbations et les conflits ; répartiteur de ressources — il décide qui reçoit quoi ; négociateur — il traite avec l’extérieur. La thèse est que ces dix rôles sont indissociables : on ne peut pas en retirer un sans que les autres se déforment.
Le mécanisme
Le mécanisme qui relie les trois familles est le cœur de la thèse : les rôles interpersonnels donnent au manager l’accès à l’information, les rôles informationnels la lui font traiter, et cette information est ce qui rend les rôles décisionnels possibles. Un manager coupé de ses contacts perd donc, en cascade, sa capacité de décider — ce qui explique pourquoi les dirigeants passent tant de temps à des conversations qui paraissent improductives.
La critique
Deux réserves. La première tient à la méthode : l’observation porte sur cinq dirigeants, et rien ne garantit qu’ils représentent tous les managers. La seconde est plus profonde : décrire ce que fait un manager ne dit pas ce qu’il devrait faire, et Mintzberg lui-même souligne que la fragmentation qu’il observe est autant un problème qu’un fait.
Henry Mintzberg, Le manager au quotidien : les dix rôles du cadre (1973) · consulté le 04/09/2026

La confrontation entre Fayol et Mintzberg est la plus utile de ce chapitre, et elle tombe régulièrement. Les deux ne parlent pas de la même chose : Fayol décrit une fonction — ce qu’il faut faire pour que l’organisation marche —, Mintzberg décrit une journée — ce qu’un homme fait réellement de ses heures. Les deux descriptions peuvent être vraies en même temps : un dirigeant peut prévoir et organiser tout en passant sa journée en conversations brèves, car c’est dans ces conversations que la prévision se construit. Une copie qui écrit que Mintzberg a réfuté Fayol dit trop ; une copie qui explique qu’il l’a complété par l’observation dit juste.

Retenir les dix rôles sans les réciter
PCG

Trois familles, et une phrase pour chacune. Les rôles interpersonnels : le manager est en contact — symbole, leader, agent de liaison. Les rôles informationnels : il est un carrefour d’informations — observateur, diffuseur, porte-parole. Les rôles décisionnels : il tranche — entrepreneur, régulateur, répartiteur de ressources, négociateur. Le moyen de ne pas les confondre à l’examen : demandez-vous si l’action décrite consiste à parler à quelqu’un (interpersonnel), à faire circuler une information (informationnel) ou à engager une ressource (décisionnel).

CDrucker et le management par objectifs

Le troisième auteur que l’arrêté nomme aborde la question par un autre bout : non pas ce que le manager fait, mais ce sur quoi on doit le juger. Sa réponse tient dans une formule qui a fait le tour du monde : le manager est responsable de résultats, non d’activités. De là découle tout ce qu’on appelle aujourd’hui le pilotage par objectifs.

Peter Drucker1909-2005 · école néoclassique · La pratique de la direction des entreprises, 1954
Le management est une profession qui se juge sur des résultats, et le rôle du manager tient en cinq tâches : fixer des objectifs, organiser, motiver et communiquer, mesurer la performance, et former — les autres et soi-même.
En clair
Drucker part d’un constat : on juge les managers sur leur activité — le nombre de réunions, d’heures, de rapports — alors qu’ils devraient l’être sur ce que leur unité produit. Il en tire une méthode : fixer avec chacun des objectifs clairs, mesurables et acceptés, puis lui laisser la manière d’y parvenir. Les cinq tâches qu’il énumère décrivent ce que suppose cette méthode : fixer les objectifs — sans quoi il n’y a rien à mesurer ; organiser les activités et choisir les responsables ; motiver et communiquer — car un objectif imposé sans être compris n’est pas tenu ; établir des normes de performance — sans quoi le résultat ne se juge pas ; former le personnel et se former soi-même — car la méthode suppose des personnes capables d’autonomie. La thèse est que ces cinq tâches forment un tout : fixer des objectifs sans former le personnel produit des objectifs manqués.
Aujourd’hui
Sa portée dépasse largement l’entreprise : l’entretien annuel d’objectifs, les lettres de mission dans l’administration, les contrats d’objectifs des établissements publics en descendent tous. Le programme de cette unité en porte lui-même la trace : sa première compétence demande d’identifier les buts et objectifs d’une organisation.
La critique
La critique la plus sérieuse porte sur ce que la méthode fait mesurer. Un objectif chiffré déplace l’effort vers ce qui se compte, et ce qui compte n’est pas toujours ce qui se compte : un service jugé sur le nombre de dossiers traités traitera vite les faciles. Drucker en était averti — il insiste sur la qualité des objectifs — mais la méthode se prête à cette dérive, et une copie qui le signale montre du recul.
Peter Drucker, La pratique de la direction des entreprises (1954) · consulté le 04/09/2026

Les trois lectures se rangent alors dans un ordre qui aide à les retenir. Fayol répond à la question : que doit faire un manager ? ; Mintzberg à la question : que fait-il réellement ? ; Drucker à la question : sur quoi doit-on le juger ? Trois questions, trois réponses, aucune contradiction — et un dossier d’examen peut appeler l’une ou l’autre selon ce qu’il demande. La compétence attendue est de choisir la bonne, non de les réciter toutes les trois.

Trois auteurs, trois questions, trois usages en copie
L’auteurLa question à laquelle il répondQuand le mobiliser dans un dossier
FayolQue doit faire un manager ?Quand le dossier montre une fonction négligée — rien n’est prévu, rien n’est contrôlé — et qu’il faut nommer ce qui manque
MintzbergQue fait-il réellement ?Quand le dossier décrit l’emploi du temps ou les contacts d’un dirigeant, et qu’il faut qualifier ses rôles
DruckerSur quoi doit-on le juger ?Quand le dossier porte sur des objectifs, des entretiens annuels ou des indicateurs, et qu’il faut en apprécier la pertinence
Aucun des trois n’est dépassé. Ils sont d’époques différentes et répondent à des questions différentes : le seul mauvais usage serait de les citer tous les trois pour la même question, ce qui signale au correcteur qu’on récite un cours.
Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

6L’entrepreneur et l’appréciation d’une action

ACe que Schumpeter appelle innover

L’arrêté nomme un quatrième auteur, et il le réserve à un seul mot : l’entrepreneur. La formule du programme est « un entrepreneur (Schumpeter) », ce qui veut dire que la définition de l’entrepreneur attendue à l’examen est la sienne, et non celle du langage courant. La différence est réelle : dans le langage courant, un entrepreneur est quelqu’un qui crée une entreprise ; chez Schumpeter, c’est quelqu’un qui innove, ce qui n’est ni la même chose, ni forcément lié.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

Il faut donc commencer par écarter la confusion la plus répandue, celle qui coûte des points chaque année : innover n’est pas inventer. L’invention est la découverte d’une possibilité technique — elle appartient au laboratoire. L’innovation est l’application industrielle ou commerciale de cette possibilité — elle appartient au marché. Entre les deux il y a un risque, de l’argent et du temps, et c’est précisément ce que l’entrepreneur supporte. Un inventeur peut mourir pauvre ; un innovateur qui a réussi ne le peut pas.

L’invention, l’innovation, l’entrepreneur

L’invention est une possibilité technique nouvelle : un procédé, un principe, un objet qui n’existait pas. L’innovation est la mise en œuvre économique de cette possibilité : sa fabrication, sa vente, son introduction dans une organisation. L’entrepreneur, au sens de Schumpeter, est celui qui réalise cette mise en œuvre en supportant le risque de son échec. Il n’est donc pas nécessairement l’inventeur — il peut reprendre une invention préexistante et en faire une application industrielle — et il n’est pas nécessairement le propriétaire : c’est un rôle, pas un statut juridique.

Il faut souligner un déplacement que cette thèse opère et qui explique sa fortune : elle fait de l’entrepreneur une fonction économique, et non une catégorie sociale. On peut donc être entrepreneur sans capital, puisque le capital se prête ; sans invention, puisque les inventions se reprennent ; sans entreprise, puisque l’innovation peut se réaliser dans une organisation qui existe déjà. Ce que l’on ne peut pas être, c’est entrepreneur sans introduire quelque chose de nouveau et sans en supporter les conséquences. Une fois ce point admis, les questions d’examen deviennent nettement plus simples : la qualification ne dépend plus du statut de la personne, elle dépend de l’acte décrit dans l’annexe.

Joseph Schumpeter1883-1950 · analyse de la dynamique économique · Théorie de l’évolution économique, 1911
Le moteur de l’économie n’est ni l’épargne ni le travail : c’est l’entrepreneur, parce qu’il brise les routines en introduisant des combinaisons nouvelles — et l’innovation prend cinq formes, dont une seule est technique.
En clair
Schumpeter part d’une question d’économiste : d’où vient la croissance ? Sa réponse est qu’elle ne vient pas de l’accumulation tranquille des facteurs de production, car une économie qui se contente de répéter ses opérations d’une année sur l’autre ne fait que tourner en rond. Elle vient de ruptures, et ces ruptures sont l’œuvre d’un personnage particulier — l’entrepreneur —, qui réalise ce que Schumpeter appelle des combinaisons nouvelles. Il en distingue cinq, et le programme attend qu’on sache les cinq : la fabrication d’un bien nouveau ; l’introduction d’une nouvelle méthode de production ; l’ouverture d’un nouveau débouché ; la conquête d’une nouvelle source de matières premières ou de produits semi-ouvrés ; la réalisation d’une nouvelle organisation. Trois des cinq n’ont rien de technique — le débouché, la source d’approvisionnement, l’organisation — et c’est la raison pour laquelle une copie qui réduit l’innovation à la technique se trompe d’auteur. Schumpeter ajoute que l’entrepreneur se reconnaît à des qualités hors du commun : le goût du risque, la créativité, une vision qui va plus loin que le calcul.
Le mécanisme
Le mécanisme est le suivant, et il vaut la peine d’être suivi pas à pas. L’entrepreneur qui innove obtient un avantage que personne d’autre n’a : il vend un bien que nul ne vend, ou produit au coût que nul n’atteint. Cet avantage lui procure un profit exceptionnel — le profit de l’innovateur — qui n’est ni un salaire ni un intérêt, mais la récompense du risque pris. Ce profit attire alors des imitateurs : ils copient, la nouveauté se banalise, le profit exceptionnel disparaît. Et l’économie ne repart que si un autre entrepreneur innove à son tour — d’où le caractère cyclique de la croissance chez Schumpeter.
Aujourd’hui
Sa portée est immense et elle est partout dans le programme de cette unité : l’innovation comme facteur de compétitivité, l’intrapreneuriat, le management de l’innovation. Elle explique aussi pourquoi le mot entrepreneur est employé par Mintzberg pour l’un de ses dix rôles : le manager qui provoque le changement dans son unité agit en entrepreneur au sens de Schumpeter, sans avoir créé aucune entreprise.
La critique
Trois réserves méritent d’être connues. La première tient au personnage : la thèse fait porter l’innovation par un individu exceptionnel, alors que l’innovation est aujourd’hui le fait d’équipes, de laboratoires et de financeurs. La deuxième tient à l’échec : on retient les innovateurs qui ont réussi et l’on oublie ceux qui ont échoué, ce qui donne de la démarche une image plus sûre qu’elle ne l’est. La troisième est un fait que Schumpeter lui-même a reconnu plus tard : dans la grande entreprise, l’innovation devient une fonction organisée — la recherche et développement — et non plus l’acte d’un homme.
Joseph Schumpeter, Théorie de l’évolution économique (1911) · consulté le 04/09/2026

Un mot sur la façon de citer cet auteur, car elle est particulière. Les cinq formes d’innovation sont un contenu de cours qui se restitue ; mais la question d’examen ne demande presque jamais de les réciter : elle décrit une organisation qui fait quelque chose de nouveau, et elle demande de qualifier. Le réflexe attendu est donc de partir du cas et de chercher laquelle des cinq formes il illustre, pas de dérouler la liste en espérant que l’une d’elles tombe juste. Le tableau de la sous-partie suivante entraîne exactement ce réflexe.

BLa destruction créatrice, et ce qu’elle explique

La thèse de Schumpeter a une conséquence qui dérange, et c’est elle qu’on retient sous le nom de destruction créatrice. Si l’innovation consiste à faire autrement, alors elle détruit ce qui se faisait avant : des produits, des procédés, des entreprises et des emplois. Le mot destruction n’est pas une figure de style : il désigne des faillites et des licenciements réels, et le mot créatrice désigne les activités et les emplois que la même innovation fait naître ailleurs.

La destruction créatrice

La destruction créatrice est le processus par lequel une innovation fait disparaître les activités qu’elle remplace en même temps qu’elle en crée de nouvelles. Le solde entre les deux n’est pas donné à l’avance : il dépend de l’ampleur de l’innovation, du temps qu’elle met à se diffuser et de la capacité des personnes et des territoires à se reconvertir. Ce n’est donc ni une bonne ni une mauvaise nouvelle en soi — c’est une description d’un mécanisme, et une copie qui la présente comme un progrès automatique se fait reprendre aussi sûrement qu’une copie qui la présente comme un désastre.

La destruction créatrice explique pourquoi une entreprise saine peut disparaître
A
Annoncer
On explique souvent la disparition d’une entreprise par ses erreurs de gestion ; la destruction créatrice montre qu’une entreprise bien gérée peut mourir de ne pas avoir été concernée.
E
Expliquer
Une entreprise dont les comptes sont bons, les clients satisfaits et les ateliers efficients est en règle avec tout ce qu’un manager sait mesurer : elle est efficace et efficiente au sens de ce qui précède. Mais ces indicateurs portent tous sur son activité présente, et aucun d’eux ne détecte qu’une innovation extérieure est en train de rendre cette activité inutile. L’entreprise ne perd pas ses clients au profit d’un concurrent qui fait la même chose moins cher ; elle les perd au profit de quelqu’un qui fait autre chose. C’est pourquoi le pilotage par les seuls indicateurs de performance ne suffit jamais : il faut aussi une veille sur ce qui se prépare hors du secteur — et c’est l’une des raisons pour lesquelles le programme demande, dès sa première partie, d’expliquer le contexte dans lequel une organisation agit.
I
Illustrer
Un cas construit, chiffré pour être suivi. Les Ateliers Verdelet ont, sur 3 exercices, un taux de rebut ramené de 3,1 % à 1,4 % et une marge stable autour de 12 %. Tous les indicateurs de l’atelier sont au vert. La même année, 2 distributeurs sur les 5 que compte le portefeuille annoncent qu’ils référenceront désormais du mobilier vendu en kit et livré à domicile — une organisation nouvelle de la vente, soit la cinquième forme d’innovation de Schumpeter. Aucun des indicateurs suivis ne l’avait signalé, et la perte prévisible représente 40 % du chiffre d’affaires : la destruction ne vient pas d’un défaut de gestion, elle vient d’ailleurs.

Cette conséquence a une portée qui dépasse largement l’entreprise et le programme le sait, puisqu’il place la responsabilité sociale parmi les enjeux du management. Une innovation qui détruit une activité détruit aussi des emplois, et le plus souvent pas au même endroit ni au même moment que ceux qu’elle crée : les emplois supprimés sont concentrés dans un métier et sur un territoire ; les emplois créés sont dispersés, différents, et exigent d’autres qualifications. Le solde global peut être positif alors même que la situation locale est catastrophique, et c’est précisément ce décalage qui fait de la destruction créatrice une question politique autant qu’économique.

Les cinq formes d’innovation, et comment les reconnaître
La formeCe qui changeUn exemple construit
Un bien nouveauL’objet vendu — le client achète quelque chose qu’il ne pouvait pas acheterUne gamme de mobilier de jardin en bois recyclé, inexistante auparavant
Une nouvelle méthode de productionLa façon de fabriquer — le bien peut rester le mêmeLe passage d’un montage à la commande à un montage en flux tendu
Un nouveau débouchéLe marché servi — le bien et la méthode ne changent pasLa vente de salons de jardin aux établissements d’hébergement, et non plus aux seuls particuliers
Une nouvelle source de matières premièresCe avec quoi l’on fabriqueLe remplacement du teck importé par du bois de hêtre issu de forêts voisines
Une nouvelle organisationLa façon dont l’activité est agencée — y compris chez les concurrents ou dans la distributionLa vente en kit livrée à domicile, qui supprime le magasin de l’équation
Les trois dernières lignes sont celles que les copies oublient. Une question qui décrit un changement de clientèle ou de circuit de distribution attend le mot innovation, et elle ne l’obtient pas des étudiants qui associent l’innovation à la technique.
Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

Le tableau des cinq formes appelle une mise en garde sur la façon de s’en servir, car il peut faire illusion. Une même opération relève souvent de plusieurs formes à la fois : vendre en kit et livrer à domicile suppose un produit conçu pour être démonté — donc un bien nouveau —, une chaîne de montage différente — donc une méthode nouvelle — et la disparition du magasin — donc une organisation nouvelle. La bonne réponse, dans ce cas, n’est pas de choisir au hasard : elle consiste à nommer la forme dominante, celle qui explique les autres, et à signaler en une phrase que les autres suivent. C’est ainsi que le correcteur voit qu’on a compris le mécanisme, et non appris une liste.

*Il a créé son entreprise, donc c’est un entrepreneur*
PCG

Non — pas au sens du programme. Créer une entreprise est un acte juridique : on dépose des statuts. Innover est un acte économique : on introduit une combinaison nouvelle. Les deux coïncident souvent, ils ne se confondent jamais : celui qui ouvre la troisième boulangerie d’un quartier crée une entreprise sans rien innover ; celui qui, salarié, lance dans son service une activité que personne n’y faisait innove sans rien créer juridiquement. La question d’examen porte sur le rôle tenu, et la bonne réponse cite l’acte, non le statut.

Il reste à dire ce que ce chapitre ne traite pas ici, pour que le lecteur sache où le trouver. Les conditions dans lesquelles une organisation parvient à innover — l’organisation de la recherche, le financement du projet, la protection de l’innovation, la place faite aux initiatives internes — ne relèvent pas de cette sous-partie : elles appartiennent à la quatrième partie du programme, et ce manuel les traite au chapitre 8 pour l’intrapreneuriat et au chapitre 13 pour le management de l’innovation. Nous ne publions pas non plus de chiffres sur l’innovation en France : nous n’avons lu, pour ce chapitre, aucune statistique sur une source de première main, et une donnée dont on ignore le champ et le millésime ne vaut rien dans une copie.

CApprécier une action, en quatre questions

La seconde compétence de la sous-partie ne demande pas de connaître : elle demande de repérer et d’apprécier les décisions et les actions du manager, de l’entrepreneur et du dirigeant dans des situations données. Deux verbes, et ils ne valent pas le même nombre de points. Repérer, c’est nommer le rôle tenu ; apprécier, c’est dire si l’action était pertinente, et pourquoi. La plupart des copies s’arrêtent au premier verbe, et plafonnent donc à la moitié du barème de la question.

Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

Il faut une méthode, parce que l’examen ne laisse pas le temps d’hésiter. Celle qui suit tient en quatre questions posées dans cet ordre, et chacune produit une phrase de la réponse : qui agit, à quel titre agit-il, que fait-il exactement, et l’a-t-il bien fait ? Les quatre phrases mises bout à bout forment une réponse complète, sans plan à inventer et sans hors-sujet possible.

Les quatre questions, dans l’ordre
  • 1. Qui agit ? On nomme la personne et sa position dans l’organisation — directrice générale, responsable d’atelier, salarié porteur d’un projet. Cette question paraît triviale ; elle évite la faute la plus coûteuse, qui est de raisonner sur la mauvaise personne.
  • 2. À quel titre agit-elle ? On qualifie le rôle : dirigeant si l’organisation entière est engagée, manager si une unité et ses membres le sont, entrepreneur si l’action consiste à introduire une nouveauté en supportant son risque. Une même personne peut changer de rôle d’un paragraphe à l’autre du dossier.
  • 3. Que fait-elle exactement ? On rattache l’action à une catégorie d’auteur : une des cinq activités de Fayol, un des dix rôles de Mintzberg, une des cinq tâches de Drucker, une des cinq formes d’innovation de Schumpeter. C’est ici, et seulement ici, qu’un nom d’auteur se cite — et il ne s’en cite qu’un.
  • 4. L’a-t-elle bien fait ? On apprécie, et l’on apprécie toujours par rapport à quelque chose : à l’objectif poursuivi, aux moyens engagés, aux conséquences sur les autres unités, ou au niveau de management concerné. Une appréciation sans point de comparaison n’est pas une appréciation, c’est une opinion.

Un mot sur l’ordre de ces quatre questions, car il n’est pas indifférent et l’inverser produit des erreurs en cascade. La tentation naturelle est de commencer par la troisième — repérer une notion connue dans le texte et se réjouir de la reconnaître — mais on qualifie alors l’action avant d’avoir établi qui la commet et à quel titre, et l’on rattache par exemple à un rôle de manager une décision qui engageait l’organisation entière. Poser d’abord qui agit et à quel titre coûte trente secondes ; se tromper de rôle coûte la question, et souvent la suivante, car les questions d’un même dossier s’enchaînent.

Apprécier n’est pas juger la personne
A
Annoncer
La quatrième question est celle où les copies dérapent : apprécier une action managériale, c’est examiner l’adéquation entre un moyen et une fin, non distribuer des bons et des mauvais points à un dirigeant qu’on ne connaît pas.
E
Expliquer
Une appréciation utile répond à trois choses : l’action servait-elle l’objectif annoncé, y avait-il un moyen moins coûteux d’atteindre le même résultat, et quels effets l’action produit-elle ailleurs dans l’organisation ? Chacune de ces trois questions se traite avec les outils de ce qui précède : la première relève de l’efficacité, la deuxième de l’efficience, la troisième des interdépendances entre objectifs. Formulée ainsi, l’appréciation reste démontrable : on peut être en désaccord avec la conclusion, mais on voit sur quoi elle repose. Une phrase telle que : la directrice aurait dû mieux communiquer, ne repose sur rien, et ne rapporte rien.
I
Illustrer
Le même fait, apprécié de deux façons. La directrice des Ateliers Verdelet décide de porter le budget de la nouvelle gamme de 40 000 € à 90 000 €, soit une hausse de 125 %, en le prélevant sur le budget d’entretien des machines. La copie faible écrit qu’elle a pris un risque. La copie qui rapporte les points écrit que la décision sert l’objectif d’innovation — elle est cohérente avec un rôle entrepreneurial — mais qu’elle dégrade un objectif opérationnel dont dépend le taux de rebut de 1,4 %, et qu’elle relève donc d’un arbitrage entre 2 objectifs interdépendants, arbitrage qui aurait dû être décidé au niveau stratégique et non au niveau de l’atelier.

Une dernière précaution, valable pour toutes les questions de ce type. Le dossier d’examen donne des faits, et il n’en donne jamais tous : il manque toujours une information qu’on aimerait avoir. La réponse attendue ne consiste pas à le déplorer — elle consiste à apprécier avec ce qu’on a, et à dire ce qu’il faudrait pour aller plus loin. Écrire ceci : en l’état des informations du dossier, la décision paraît cohérente avec l’objectif X ; sa pertinence dépendrait aussi du coût de l’arrêt des machines, que l’annexe ne donne pas — est une réponse de bon niveau, et elle est à la portée de tout le monde.

Une dernière remarque de méthode, sur la longueur des réponses. Les quatre questions produisent quatre phrases, et quatre phrases suffisent souvent : la question qui vaut trois points n’attend pas une page. Ce qui est attendu tient dans le nombre d’éléments justifiés, non dans le nombre de lignes écrites : une réponse qui nomme le rôle, le justifie par ce dont la personne répond, rattache l’action à une catégorie d’auteur et apprécie par rapport à un objectif a fait le travail entier. Le temps gagné sur les développements inutiles se reporte sur les questions suivantes, et l’épreuve de cette unité se perd beaucoup plus souvent par manque de temps que par manque de connaissances.

Le tableau qui suit est l’outil de ce chapitre. Il prend cinq actions telles qu’un dossier les décrirait, il les range sous un rôle et sous un auteur, et il dit la notion qui justifie ce classement. C’est la troisième colonne qui compte : sans elle, le tableau serait une liste à apprendre par cœur, et une liste apprise par cœur ne se transpose pas à un cas nouveau.

Rattacher une action à un rôle, et le justifier
L’action décrite dans le dossierLe rôle, et l’auteur mobiliséCe qui justifie le classement, et l’erreur à éviter
La directrice réunit ses six responsables chaque lundi pour faire le point sur les commandes.Manager — Mintzberg, rôles interpersonnels et informationnelsL’action porte sur une unité et sur la circulation de l’information, non sur l’avenir de l’organisation. L’erreur : y voir du commandement au sens de Fayol — une réunion de coordination n’est pas un ordre
Elle décide de fabriquer une gamme en bois recyclé que personne ne propose.Entrepreneur — Schumpeter, fabrication d’un bien nouveauIl y a nouveauté et risque assumé : les deux conditions de l’innovation sont réunies. L’erreur : qualifier l’opération de stratégique sans la qualifier d’entrepreneuriale — les deux mots ne répondent pas à la même question
Elle signe l’emprunt qui finance l’extension de l’atelier et engage l’entreprise sur sept ans.Dirigeant — Fayol, prévoir et organiserL’engagement porte sur l’organisation entière et sur le long terme, et il est pris devant les propriétaires. L’erreur : classer d’après le montant — c’est la durée et ce qui est engagé qui décident
Elle fixe à chaque responsable trois objectifs chiffrés pour l’année et les revoit en entretien.Manager — Drucker, direction par objectifsOn est dans la fixation d’objectifs mesurables et acceptés, suivie d’une mesure de la performance. L’erreur : y voir un simple contrôle au sens de Fayol — le contrôle vérifie une conformité, l’objectif oriente une action
Un responsable d’atelier, de sa propre initiative, réorganise le poste de montage et divise le temps de série par deux.Manager agissant en entrepreneur — Schumpeter, nouvelle méthode de production ; Mintzberg, rôle d’entrepreneurLa nouveauté et l’initiative font l’entrepreneur, la position dans l’organisation fait le manager : les deux qualifications sont exactes et complémentaires. L’erreur : choisir l’une contre l’autre — le dossier attend l’intrapreneuriat, traité au chapitre 8
Le tableau se lit de gauche à droite, jamais de droite à gauche. Partir de l’auteur pour chercher où le caser produit des réponses plaquées ; partir de l’action pour chercher ce qui la qualifie produit des réponses justes.
Programme du DCG — arrêté du 4 août 2025, annexe 1, UE 7 Management des organisations, sous-partie 1.1 · consulté le 05/09/2026

Il faut dire pourquoi ce tableau est construit à partir d’actions et non à partir des auteurs, car c’est un choix délibéré. Un tableau qui rangerait les quatre auteurs en colonnes et donnerait sous chacun ses concepts serait plus facile à fabriquer et plus facile à apprendre ; il serait aussi parfaitement inutile le jour de l’épreuve, parce que le dossier ne présente jamais des concepts : il présente des faits. Le sens de lecture d’un outil doit être celui de son usage : on part de ce que le sujet donne — une action — et l’on cherche ce qui la qualifie, jamais l’inverse. Ce principe vaut pour toutes les fiches de ce manuel, et il explique la forme de plusieurs d’entre elles.

Ce qu’il faut savoir refaire à la sortie de ce chapitre

Trois choses, et elles sont exigibles telles quelles. Premièrement, distinguer les trois rôles par ce dont chacun répond : l’organisation entière pour le dirigeant, une unité et ses membres pour le manager, une nouveauté risquée pour l’entrepreneur. Deuxièmement, associer chaque auteur à sa question : Fayol, ce que le manager doit faire ; Mintzberg, ce qu’il fait ; Drucker, sur quoi on le juge ; Schumpeter, ce qui distingue l’entrepreneur. Troisièmement, apprécier une action en la comparant à quelque chose — un objectif, des moyens, un effet sur les autres unités — et jamais en jugeant la personne.

Reste une question que les étudiants posent souvent et qui mérite une réponse franche : faut-il citer les noms des auteurs dans la copie ? Oui, lorsque l’auteur éclaire la réponse, et non lorsqu’il sert d’ornement. Un nom cité sans thèse ne rapporte rien, et un nom cité avec sa thèse mais sans application au cas ne rapporte guère davantage : ce qui est payé, c’est la thèse mise au travail sur le dossier. La formule qui fonctionne tient en deux temps : une proposition qui énonce ce que l’auteur soutient, une seconde qui dit ce que cela donne ici. Deux phrases, donc — et le correcteur voit immédiatement la différence avec une copie qui récite.

✳La carte mentale

Sept branches, à redessiner de mémoire avant l'épreuve.

L’organisation et son management
Les cinq traits
Des personnes
Une frontière
Un but
Une structure
Des ressources
Ce qu’elle poursuit
Finalité : ne s’atteint jamais
But : une direction durable
Objectif : daté et mesurable
Les paradoxes
Court terme / long terme
Coût / qualité
Productivité / flexibilité
Rentabilité / durabilité
Autonomie / contrôle
Un paradoxe se tient, il ne se résout pas
La performance
Efficacité : la cible
Efficience : le coût de la flèche
Globale : économique, sociale, environnementale
Trois dimensions qui ne s’additionnent pas
Les trois niveaux
Stratégique : plusieurs années
Organisationnel : la structure et les hommes
Opérationnel : le quotidien
Le critère est la décision, non le grade

≡L’organisation et son management

Les cinq traits d’une organisation
  • Un ensemble de personnes, doté d’une existence propre : l’organisation survit au départ de ses membres.
  • Une frontière avec son environnement, plus floue qu’il n’y paraît — un sous-traitant est-il dedans ?
  • Un but partagé, qui dure : c’est sa raison d’être.
  • Une structure : des règles, écrites ou non, qui répartissent le travail et le coordonnent.
  • Des ressources : humaines, matérielles, financières, immatérielles.
Finalité, but, objectif : la règle qui les sépare
  • La finalité ne s’atteint jamais : soigner, produire du profit, défendre une cause.
  • Le but s’oriente : une direction durable, qu’on suit ou qu’on quitte.
  • L’objectif se coche : daté et mesurable.
  • Trois questions pour trancher : est-ce daté ? est-ce mesurable ? cela pourrait-il être atteint définitivement ?
Les cinq paradoxes que le management doit tenir
Le paradoxeCe qui se joue
Court terme / long termeChaque euro dépensé pour l’un manque à l’autre
Coût / qualitéLa qualité se paie, et le client ne la paie pas toujours
Productivité / flexibilitéCe qui rend efficace rend rigide
Rentabilité / durabilitéUn enjeu central du programme réformé
Autonomie / contrôleDécentraliser accélère et fait perdre la maîtrise
Efficacité, efficience, performance
  • Efficace : l’objectif est atteint. On répond par oui ou par non.
  • Efficient : il l’est en consommant peu de ressources. On répond par un rapport.
  • Performant : les deux à la fois.
  • Performance globale : économique et financière, sociale, environnementale — trois dimensions qui ne s’additionnent pas.
Les trois niveaux du management
Le niveauL’horizonCe qui est engagé
StratégiquePlusieurs annéesL’existence de l’organisation
OrganisationnelQuelques mois à quelques annéesLa capacité à exécuter la stratégie
OpérationnelLe jour, la semaine, le moisLa performance immédiate
Le critère—La décision, jamais le grade de celui qui la prend
Ce que ce chapitre ne publie pas
  • Aucune donnée chiffrée sur les organisations françaises. Nous n’avons lu, pour ce chapitre, aucune statistique sur une source de première main, et un chiffre dont on ignore l’année et le champ ne vaut rien dans une copie.
  • Aucun calcul d’indicateur de performance : le programme renvoie expressément ces calculs aux autres unités.
  • Aucune opposition tranchée entre gestion et management : aucun texte ne la fixe, et le chapitre le dit.
Les trois rôles, en une ligne chacun
Le rôleDe quoi il répondLe risque qu’il supporte
DirigeantL’organisation entière, devant les propriétaires ou la tutelleLa pérennité de l’organisation
ManagerUne unité et les personnes qui y travaillentNe pas atteindre ses objectifs — un risque professionnel
EntrepreneurUne nouveauté qu’il introduitL’échec de son idée — souvent avec son argent
Les quatre auteurs, et la question de chacun
  • Fayol (1916) — que doit faire un manager ? Six fonctions dans l’entreprise, dont la fonction administrative, décomposée en cinq verbes : prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler.
  • Mintzberg (1973) — que fait-il réellement ? Dix rôles en trois familles : interpersonnels (symbole, leader, agent de liaison), informationnels (observateur, diffuseur, porte-parole), décisionnels (entrepreneur, régulateur, répartiteur de ressources, négociateur).
  • Drucker (1954) — sur quoi le juger ? Cinq tâches : fixer des objectifs, organiser, motiver et communiquer, mesurer la performance, former. Le manager répond de résultats, non d’activités.
  • Schumpeter (1911) — qu’est-ce qu’un entrepreneur ? Celui qui réalise des combinaisons nouvelles, sous cinq formes, et dont l’innovation détruit ce qu’elle remplace.
PCG
Cours terminé

Ce que tu sais faire maintenant

  • Dire pourquoi une action collective a besoin d’être organisée.
  • Reconnaître une organisation à ses cinq traits, sur un cas donné.
  • Écrire la définition de l’organisation, et l’appliquer à une organisation publique comme à une entreprise.
  • Distinguer une finalité, un but et un objectif, et justifier le classement par trois questions.
  • Identifier les objectifs d’une organisation dans un dossier.
  • Expliquer une interdépendance entre deux objectifs, et la distinguer d’un paradoxe.
  • Nommer cinq paradoxes du management et dire ce que chacun met en jeu.
  • Distinguer efficacité et efficience, et dire pourquoi une organisation peut être l’une sans être l’autre.
  • Énoncer les trois dimensions de la performance globale et dire pourquoi elles ne s’additionnent pas.
  • Distinguer les trois niveaux de management par l’horizon et par ce qu’ils engagent.
  • Situer une décision dans un niveau de management en quatre questions.
  • Dire pourquoi le grade de celui qui décide ne détermine pas le niveau de la décision.
  • Définir le dirigeant, le manager et l’entrepreneur, et dire ce dont chacun répond.
  • Expliquer pourquoi une même personne peut tenir les trois rôles, et pourquoi c’est le rôle qu’il faut nommer.
Fin du cours
Place à l'entraînement
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