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L’organisation et son management
Ce que tu sauras faire : Caractériser une organisation par ses cinq traits, distinguer sa finalité, ses buts et ses objectifs, situer une décision dans l’un des trois niveaux du management, et rattacher une action au rôle du dirigeant, du manager ou de l’entrepreneur..
Identifier les buts et objectifs d’une organisation.
Expliquer les interdépendances et les paradoxes entre les objectifs d’une organisation donnée.
Distinguer les niveaux de management et expliquer leur rôle dans une situation donnée.
Identifier les rôles d’un dirigeant, d’un manager et d’un entrepreneur donné.
Repérer et apprécier les décisions et les actions du manager, de l’entrepreneur et du dirigeant dans des situations données.
Action collective, organisation.
Buts / objectifs.
Performance / performance globale.
Management.
Management stratégique, organisationnel, opérationnel.
Manager, entrepreneur, dirigeant.
Rôles et fonctions d’un manager, d’un dirigeant (Fayol, Drucker, Mintzberg) et d’un entrepreneur (Schumpeter).
1Ce qu’est une organisation
APourquoi les hommes s’organisent
Commençons par une question qui paraît naïve et qui ne l’est pas : pourquoi les gens se mettent-ils à plusieurs pour faire quelque chose ? La réponse tient en trois mots : parce que seul, on ne peut pas. Un individu ne construit pas un pont, ne soigne pas une ville, ne fabrique pas une voiture — non par manque de volonté, mais parce que la tâche dépasse ce qu’une personne peut faire dans une vie. Dès que le but dépasse les forces d’un seul, il faut s’associer, et c’est ce que le programme appelle l’action collective.
L’action collective ne va pourtant pas de soi, et c’est là que le management commence. Mettre dix personnes sur une tâche ne donne pas dix fois le travail d’une seule : il faut décider qui fait quoi, dans quel ordre, avec quels moyens, et vérifier que le résultat des uns s’emboîte avec celui des autres. Ce travail-là — répartir, ordonner, vérifier — n’ajoute rien au produit fini ; il est pourtant ce sans quoi le produit n’existerait pas. Toute la matière que vous commencez tient dans cette observation.
Une action collective est une action menée par plusieurs personnes en vue d’un but qu’aucune ne pourrait atteindre seule. Elle suppose donc deux choses, et pas une de plus : un but partagé — sans quoi chacun tire de son côté — et une coordination — sans quoi les efforts se contrarient au lieu de s’ajouter. Le programme la nomme dès sa première ligne de savoirs, et il la nomme avant l’organisation : c’est le problème, dont l’organisation est la solution.
Toutes les actions collectives ne donnent pas naissance à une organisation, et la nuance mérite d’être posée tout de suite. Trois voisins qui déneigent leur rue un matin d’hiver mènent une action collective : elle est ponctuelle, elle ne se donne ni règles ni frontières, et elle disparaît quand la neige a fondu. Une organisation commence là où l’action collective dure : quand le groupe se donne des règles, se distingue de ce qui l’entoure, et continue d’exister quand ses membres changent.
BCe qu’une organisation suppose : un but, des moyens, une coordination
Une organisation se reconnaît à cinq traits, et il faut les avoir en tête parce que l’épreuve demande sans cesse de caractériser une organisation donnée. Ils ne sont pas cinq critères à cocher : ce sont cinq questions à poser à n’importe quelle organisation, de la boulangerie du coin au ministère. Les voici, et le tableau qui suit les reprend un à un.
| Le trait | La question qu’il pose | Ce qu’on répond dans une copie |
|---|---|---|
| Un ensemble de personnes | Qui en fait partie ? | L’organisation est un collectif, et elle a une existence propre : elle survit au départ de ses membres |
| Une frontière | Qu’est-ce qui est dedans, qu’est-ce qui est dehors ? | Ce qui est dehors est l’environnement, et la frontière est moins nette qu’elle n’en a l’air — un sous-traitant est-il dedans ? |
| Un but | Pourquoi existe-t-elle ? | Le but est la raison d’être, et il dure : il ne se confond pas avec un objectif de l’année |
| Une structure | Comment le travail est-il réparti et coordonné ? | Des règles, plus ou moins écrites, qui disent qui fait quoi et qui décide — c’est l’objet de toute la partie 3 du programme |
| Des ressources | Avec quoi ? | Humaines, matérielles, financières, immatérielles — et leur nature dépend de la forme de l’organisation : une association a des bénévoles |
Le troisième trait mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il commande tout le reste : une organisation a un but, et ce but est partagé. Partagé ne veut pas dire aimé de tous : il veut dire connu et accepté comme la raison d’être du collectif. Un salarié peut trouver l’objectif de son entreprise discutable et travailler quand même à l’atteindre ; ce qui compte, du point de vue du management, est qu’il sache lequel c’est. Une organisation dont les membres ignorent le but ne coordonne plus rien, et c’est une des premières choses qu’un diagnostic managérial va chercher.
Le quatrième trait — la structure — appelle une remarque que les étudiants trouvent souvent contre-intuitive. Une structure n’est pas un organigramme : c’est l’ensemble des règles, écrites ou non, qui répartissent le travail et le coordonnent. Une association de dix bénévoles sans aucun organigramme a bel et bien une structure — celui qui tient la caisse, celle qui ouvre la salle, celui qui parle à la mairie — et cette structure informelle est parfois plus contraignante qu’un règlement. Le chapitre 8 y reviendra en détail ; retenez pour l’instant que toute organisation en a une, même quand elle n’en a pas dessiné.
CLa définition que le programme retient
Le programme demande d’identifier les buts et objectifs d’une organisation ; il ne demande pas de réciter une définition. Une définition sert pourtant à quelque chose de précis dans une copie : elle vous dit quoi chercher dans le dossier. Celle que ce manuel retient réunit les cinq traits qu’on vient de poser, et elle est faite pour être appliquée, non pour être récitée.
Une organisation est un ensemble de personnes, doté de frontières identifiables, qui fonctionne de façon durable en répartissant et en coordonnant le travail au moyen de ressources, en vue d’un but partagé par ses membres. Chaque mot de cette phrase renvoie à l’un des cinq traits, et chaque mot se vérifie sur un cas donné : qui ? jusqu’où ? pour quoi ? comment ? avec quoi ? Une copie qui répond à ces cinq questions a caractérisé son organisation, même sans avoir écrit la définition.
Une conséquence de cette définition est qu’elle recouvre beaucoup plus que les entreprises, et le programme y insiste. Un hôpital, une commune, un syndicat, une association sportive, une coopérative agricole, un ministère : toutes ces réalités entrent dans la définition, et toutes relèvent du management. C’est d’ailleurs le titre de l’unité : management des organisations, et non management de l’entreprise. La distinction n’est pas cosmétique : elle vous prévient qu’un sujet peut porter sur une mairie ou sur une mutuelle, et qu’il faudra alors raisonner sans parler de profit. Le chapitre 2 passera ces formes en revue une à une.
L’erreur la plus fréquente de cette unité est de traiter toute organisation comme une entreprise. Elle se voit à des détails de vocabulaire : parler de clients pour les usagers d’un service public, de chiffre d’affaires pour une association subventionnée, d’actionnaires pour une coopérative. Chacun de ces mots signale au correcteur que la spécificité de l’organisation n’a pas été vue, et c’est précisément ce que la première compétence de la sous-partie 1.2 demande de repérer. La règle de survie est simple : avant d’écrire une phrase, demandez-vous si elle resterait vraie pour l’organisation du dossier, ou si vous l’avez apprise pour une entreprise.
Une précision sur ce que ce manuel publie et sur ce qu’il ne publie pas, car elle vaut pour tout ce chapitre. On lit couramment que la France compte tel nombre d’entreprises, que telle proportion d’entre elles sont des très petites entreprises, ou que la moitié disparaît en cinq ans. Nous ne publions pas ces chiffres, parce que nous ne les avons lus, pour ce chapitre, sur aucune source de première main : un chiffre dont on ignore l’année, le champ couvert et la méthode de comptage ne vaut rien dans une copie, et il vieillit sans prévenir. Cela ne retire rien à l’épreuve : un sujet fournit toujours les données de son dossier, et ce qu’il note est ce que vous en faites, non le fait de les connaître par cœur.
2Ce que l’organisation poursuit
AFinalité, but, objectif : trois mots que l’on confond
Le programme emploie deux mots dans la même ligne de savoirs — buts / objectifs — et un troisième circule partout dans les copies : la finalité. Les trois désignent bien ce que l’organisation poursuit, mais ils ne se situent pas au même niveau, et les employer l’un pour l’autre coûte des points parce que cela brouille l’analyse.
La finalité est la raison d’être de l’organisation, ce pour quoi elle existe : elle ne se date pas et ne se chiffre pas. Servir le public, produire du profit, défendre une cause. Le but est la traduction durable de cette finalité en une direction : rester le premier fabricant français de son produit, couvrir tout le département. L’objectif est ce que l’organisation se donne à atteindre dans un délai donné, et il se mesure : ouvrir trois agences avant la fin de l’année, réduire de moitié les accidents du travail en deux ans. La règle qui les sépare tient en une phrase : une finalité ne s’atteint jamais, un but s’oriente, un objectif se coche.
Cette hiérarchie n’est pas un jeu de vocabulaire, et un exemple le montre en trois lignes. Un centre hospitalier a pour finalité de soigner — cette finalité ne sera jamais atteinte, car il y aura toujours des malades. Son but peut être de devenir l’établissement de référence de son territoire pour une spécialité : une direction, qu’on suit ou qu’on quitte. Son objectif de l’année sera de ramener le délai moyen d’attente aux urgences sous un seuil précis : une cible, atteinte ou manquée, et mesurable. Un dossier d’examen mélange les trois niveaux, et la première chose que fait une bonne copie est de les remettre chacun à sa place.
Trois questions suffisent, et elles se posent dans cet ordre. Un : est-ce daté ? — si oui, c’est un objectif. Deux : est-ce mesurable ? — si oui, c’est encore un objectif. Trois : cela pourrait-il être atteint un jour, définitivement ? — si non, c’est une finalité ; si oui mais sans date, c’est un but. Un raccourci utile : dans un rapport annuel, la finalité est dans la première phrase, les objectifs sont dans les tableaux.
Une observation pour finir, qui servira souvent. Les trois niveaux — finalité, but, objectif — ne sont pas également visibles dans un dossier d’examen. L’objectif est presque toujours donné, parce qu’il est chiffré et qu’un dossier aime les chiffres ; le but se devine dans une phrase du dirigeant ; la finalité, elle, n’est presque jamais écrite — elle se déduit de la forme de l’organisation et de son objet. Une copie qui remonte de l’objectif donné jusqu’à la finalité non écrite montre qu’elle a compris la hiérarchie ; une copie qui recopie les objectifs chiffrés du dossier n’a fait que lire. C’est un réflexe à prendre dès maintenant, car il vaut pour les treize chapitres suivants.
BDes objectifs qui se contredisent, et c’est normal
Une organisation ne poursuit jamais un seul objectif, et c’est de là que vient la difficulté du management. Si elle n’en avait qu’un, il suffirait de le maximiser : il n’y aurait ni arbitrage, ni décision difficile, ni besoin de manager. La réalité est qu’une organisation poursuit en même temps des objectifs qui se gênent, et que le programme demande expressément d’expliquer ces interdépendances et ces paradoxes.
| La tension | Ce que veut le premier objectif | Ce que veut le second | Ce qui se joue |
|---|---|---|---|
| Court terme / long terme | Un résultat visible cette année | Un investissement qui ne rapportera que dans cinq ans | Chaque euro dépensé pour l’un manque à l’autre ; un dirigeant jugé sur l’année arbitre rarement pour l’avenir |
| Coût / qualité | Produire moins cher | Produire mieux | La qualité se paie, et le client ne la paie pas toujours : c’est l’arbitrage le plus courant |
| Productivité / flexibilité | Des séries longues, des postes spécialisés | La capacité de changer vite de production | Ce qui rend efficace rend rigide ; l’atelier le mieux réglé est le plus lent à se reconvertir |
| Rentabilité / durabilité | Le meilleur résultat pour l’organisation | Un effet supportable sur l’environnement et la société | Le programme en fait un enjeu central ; la sous-partie 1.3 y consacre quinze heures |
| Autonomie / contrôle | Des équipes qui décident vite | Une direction qui garde la main | Décentraliser accélère et fait perdre la maîtrise ; le chapitre 8 en fera un caractère de structure |
Le mot d’interdépendance, que le programme emploie à côté de celui de paradoxe, désigne autre chose et il faut les distinguer. Deux objectifs sont interdépendants quand l’un ne peut être atteint sans l’autre : une entreprise ne tiendra pas ses objectifs de qualité si elle ne tient pas ses objectifs de formation. Deux objectifs sont paradoxaux quand progresser sur l’un fait reculer l’autre. Une copie qui écrit ces objectifs sont contradictoires là où ils sont en réalité liés dit exactement l’inverse de la vérité, et le correcteur le voit tout de suite.
CLes paradoxes que le management doit tenir
Ce que le manager fait de ces tensions est précisément ce que l’épreuve demande d’apprécier. Il ne les supprime pas : il choisit un point d’équilibre, l’explique, et le déplace quand le contexte change. Trois attitudes se rencontrent dans les dossiers, et une seule est défendable en copie.
- Nier le paradoxe. Le dirigeant affirme qu’on peut avoir à la fois le coût le plus bas et la qualité la plus haute. C’est ce que le discours d’entreprise fait souvent, et le résultat est que personne dans l’organisation ne sait ce qu’il doit sacrifier quand il faut choisir.
- Trancher une fois pour toutes. Le dirigeant décide que le coût prime, définitivement. L’organisation devient lisible et devient rigide : elle ne saura pas répondre le jour où le marché demandera de la qualité.
- Tenir le paradoxe, et le dire. Le dirigeant reconnaît la tension, fixe le point d’équilibre du moment, dit à quelles conditions il le déplacera, et donne à chacun une règle pour arbitrer au quotidien. C’est la seule attitude qu’une copie peut recommander, et c’est aussi la plus exigeante.
Une précision sur la manière de rédiger, car elle vaut pour toute l’unité. Repérer un paradoxe ne suffit pas : il faut dire ce qu’il coûte à l’organisation étudiée, dans sa situation. Écrire qu’une entreprise est prise entre coût et qualité est une phrase de manuel ; écrire que cette entreprise-là, dont le client principal exige un prix bas et dont la réputation repose sur la finition, ne peut pas céder sur la seconde sans perdre la première, est une phrase de copie. La différence entre les deux fait plusieurs points.
Un. Finalité, but et objectif ne sont pas au même niveau : seul l’objectif est daté et mesurable. Deux. Une organisation poursuit toujours plusieurs objectifs, et certains se gênent : ce sont les paradoxes que le programme demande d’analyser. Trois. Interdépendance et paradoxe ne sont pas la même chose : l’une lie, l’autre oppose. Quatre. Un paradoxe ne se résout pas, il se tient : la bonne réponse n’est jamais de supprimer une des deux exigences, elle est de dire où l’on place le curseur et pourquoi.
Un mot sur ce que ces paradoxes deviennent quand on descend dans l’organisation, car c’est là qu’ils font le plus de dégâts. Un dirigeant qui n’a pas tranché laisse à chacun le soin de le faire à sa place : le commercial promet un délai que l’atelier ne peut pas tenir, l’atelier sacrifie une finition pour le tenir quand même, et le service qualité refuse le lot. Personne n’a mal travaillé ; chacun a arbitré seul un paradoxe que personne n’avait tranché. C’est ce que le management appelle un problème de cohérence, et c’est le sujet de la dernière sous-partie du programme : apprécier la cohérence des moyens opérationnels avec la stratégie et les moyens organisationnels.
3La performance, et ce qu’elle mesure
AEfficacité, efficience : mesurer ce qu’on a fait
Une organisation qui poursuit des objectifs veut savoir si elle les atteint : c’est la performance. Le mot est d’usage courant et il est employé de travers presque partout : on dit d’une entreprise qu’elle est performante sans jamais dire par rapport à quoi. Or la performance n’est jamais absolue : elle est toujours la comparaison d’un résultat obtenu à quelque chose — à un objectif, à l’année précédente, à un concurrent, aux moyens engagés.
Deux mots découpent cette comparaison, et il faut les tenir séparés. Le premier regarde le résultat : l’objectif est-il atteint ? Le second regarde le chemin : à quel prix ? Une organisation peut être efficace sans être efficiente — elle a fait ce qu’elle devait, en gaspillant — et l’inverse existe aussi : elle a économisé ses moyens, et raté sa cible. Une copie qui n’emploie qu’un des deux mots ne dit que la moitié du diagnostic.
Une organisation est efficace lorsqu’elle atteint l’objectif qu’elle s’était fixé : on compare le résultat obtenu au résultat visé, et l’on répond par oui ou par non. Elle est efficiente lorsqu’elle l’atteint en consommant le moins de ressources possible : on compare le résultat obtenu aux moyens engagés, et l’on répond par un rapport. La performance réunit les deux : faire ce qu’il fallait, et le faire sans gaspiller. Le moyen mnémotechnique tient en deux mots : l’efficacité vise la cible, l’efficience vise le coût de la flèche.
Le service de l’état civil s’était donné pour objectif de délivrer toute carte d’identité en moins de trois semaines ; il y parvient. Il est efficace. Pour y parvenir, il a doublé ses effectifs et payé des heures supplémentaires tout l’été. Il n’est donc pas efficient, et la question du maire sera : pouvait-on tenir le même délai autrement ? Le service des espaces verts, lui, a réduit son budget de fournitures d’un cinquième — il est efficient — mais la moitié des massifs n’ont pas été replantés : il n’est pas efficace. Aucun des deux n’est performant, et ils ne le sont pas pour des raisons opposées.
BLa performance globale : financière, sociale, environnementale
Pendant longtemps, mesurer la performance d’une entreprise voulait dire mesurer son résultat financier ; le programme de cette unité ne s’en contente plus, et il nomme expressément la performance globale. Le mot dit ce qu’il veut dire : la performance ne se juge plus sur une seule dimension, mais sur trois, dont deux ne se comptent pas en euros.
| La dimension | Ce qu’elle mesure | Comment on la mesure | Pour qui elle compte d’abord |
|---|---|---|---|
| Économique et financière | Ce que l’activité dégage, et ce qu’elle rapporte à ceux qui l’ont financée | Des indicateurs monétaires : marge, résultat, rentabilité, délais, coûts, qualité | Les apporteurs de fonds, les prêteurs, le dirigeant |
| Sociale | Ce que l’organisation fait aux personnes qui y travaillent et à celles qu’elle touche | Des indicateurs non monétaires : accidents, absentéisme, formation, égalité, ancienneté | Les salariés, leurs représentants, le territoire |
| Environnementale | Ce que l’activité prélève et ce qu’elle rejette | Des indicateurs physiques : consommations, émissions, déchets, ressources employées | La société tout entière, et de plus en plus les financeurs |
Il faut se garder d’une lecture naïve de ce tableau : la performance globale n’est pas la somme de trois performances. Une organisation peut être excellente sur les trois colonnes et mal gérée — si ses trois séries d’indicateurs ne parlent pas de la même chose que ses objectifs. Et elle peut afficher de bons chiffres environnementaux sans avoir rien changé : c’est ce que le chapitre 3 nommera l’écoblanchiment. La performance globale est donc un cadre de lecture, non un score, et une copie qui la traite comme une note sur vingt se trompe.
CCe que le programme demande d’en dire
Ce que le programme attend sur la performance est plus modeste que ce que le mot laisse craindre, et il faut le dire pour éviter le hors-sujet. La sous-partie 1.1 nomme la performance et la performance globale parmi ses savoirs ; elle ne demande ni de construire des indicateurs, ni de calculer quoi que ce soit. Ce qui est attendu est d’identifier les objectifs d’une organisation et d’expliquer leurs interdépendances et leurs paradoxes — la performance est l’outil de cette explication, non son objet.
Le calcul d’indicateurs de performance relève d’une autre unité, et le programme de management le dit à propos du diagnostic stratégique : il n’est pas attendu à ce niveau une mobilisation des outils des autres unités, notamment contrôle de gestion. En management, on nomme un indicateur, on dit ce qu’il mesure et ce qu’il ne mesure pas, et l’on en tire une appréciation ; on ne le calcule pas. Une copie qui déroule un calcul de rentabilité en UE 7 perd le temps qu’elle aurait dû passer à commenter.
Une dernière remarque, qui vaut pour tout le reste de l’unité. La performance est le point où les quatre parties du programme se rejoignent : le management stratégique choisit les terrains sur lesquels l’organisation veut être performante, le management organisationnel met en place ce qui permet aux personnes de l’être, et le management opérationnel fait le travail au jour le jour. Si vous ne deviez retenir qu’une phrase de ce chapitre, ce serait celle-là : les trois niveaux du management ne sont pas trois matières, ce sont trois façons de servir le même but.
Un dernier point sur la place de ce chapitre dans l’épreuve, car il détermine la façon de le réviser. Les notions posées ici ne font presque jamais l’objet d’une question à elles seules : on ne vous demandera pas de définir la performance globale. On vous demandera d’identifier les objectifs d’une organisation à partir d’un dossier, d’expliquer pourquoi deux d’entre eux se gênent, et de situer une décision. Ces notions sont donc des outils, non un chapitre à réciter : la bonne façon de les réviser est de les appliquer à une organisation que vous connaissez — votre entreprise, votre école, votre club — jusqu’à ce que les cinq traits et les trois niveaux viennent sans effort.
4Manager, ses niveaux et ses rôles
AManager, c’est décider et faire agir
Nous avons décrit ce qu’est une organisation, ce qu’elle poursuit et comment elle se juge ; il reste à nommer l’activité qui fait tenir tout cela ensemble. Le management est cette activité, et le programme la place au cœur de sa première sous-partie : délimiter les objectifs et les périmètres du management.
Le management est l’activité qui consiste à conduire une organisation vers ses objectifs, en décidant de ce qu’il faut faire et en faisant agir ceux qui le feront. Deux verbes la résument, et ils sont inséparables : décider — fixer une direction, arbitrer entre des possibles, allouer des moyens — et faire agir — organiser, animer, contrôler. Un dirigeant qui décide sans faire agir ne produit que des notes de service ; un dirigeant qui fait agir sans décider laisse son organisation aller où elle veut.
Un mot sur le voisinage entre management et gestion, parce que la question revient. Les deux mots sont aujourd’hui employés l’un pour l’autre, et ce manuel ne les oppose pas. On observe seulement une nuance d’usage : gestion évoque plutôt l’administration des ressources et des chiffres, management plutôt la conduite des hommes et des choix. Aucun texte ne fixe cette nuance, et une copie qui bâtirait un développement sur cette opposition prendrait un risque inutile.
Une chose, en revanche, distingue nettement le management d’une simple exécution : il porte sur des situations où plusieurs réponses sont possibles. Exécuter, c’est appliquer une règle qui existe ; manager, c’est trancher là où la règle ne dit pas. C’est pourquoi le programme consacre quinze heures à la décision et quinze au pouvoir : ce sont les deux faces de ce qui se passe quand la règle ne suffit plus. Le programme nomme d’ailleurs, dans cette même sous-partie, quatre auteurs qui ont décrit ce que fait un manager — Fayol, Drucker, Mintzberg — et ce que fait un entrepreneur — Schumpeter. Ce qui suit leur est entièrement consacré, et il faut les avoir lus avant d’aborder la partie 2 du programme.
BStratégique, organisationnel, opérationnel
Le programme demande de distinguer les niveaux de management et d’expliquer leur rôle dans une situation donnée : c’est une compétence à part entière, et elle tombe presque à chaque session. Les trois niveaux ne se distinguent ni par le grade de celui qui décide, ni par la taille de la décision : ils se distinguent par l’horizon de temps et par ce que la décision engage.
| Le niveau | L’horizon | Ce qu’il décide | Ce qui est engagé | Un exemple |
|---|---|---|---|---|
| Stratégique | Plusieurs années | Sur quels terrains l’organisation veut exister, et avec quels moyens durables | L’existence même de l’organisation : une erreur ne se rattrape pas dans l’année | Ouvrir une activité de location à côté de la vente |
| Organisationnel | De quelques mois à quelques années | Comment le travail est réparti, coordonné, décidé et animé | La capacité de l’organisation à exécuter sa stratégie | Passer d’une structure par fonctions à une structure par produits |
| Opérationnel | Le jour, la semaine, le mois | Comment chaque activité est menée au quotidien | La performance immédiate, et la satisfaction du client ou de l’usager | Réorganiser les tournées de livraison de la semaine |
Une erreur classique consiste à croire que le niveau stratégique appartient au dirigeant et l’opérationnel aux exécutants ; c’est faux, et le dire coûte des points. Un chef d’atelier prend des décisions stratégiques quand il engage l’atelier pour trois ans en choisissant une machine : la décision est stratégique par son horizon et par ce qu’elle engage, non par le grade de celui qui la prend. Inversement, un directeur général qui arbitre une réclamation client prend une décision opérationnelle. Le critère est la décision, jamais la personne.
CCe qui sépare le dirigeant, le manager et l’entrepreneur
Le programme demande d’identifier les rôles d’un dirigeant, d’un manager et d’un entrepreneur donné, puis de repérer et d’apprécier leurs décisions dans des situations données. Deux compétences, donc, et elles se suivent : il faut d’abord savoir de qui l’on parle, ensuite juger ce qu’il fait. Ce chapitre traite les deux, et il commence par le plus simple en apparence : nommer.
Les trois mots ne désignent ni trois personnes, ni trois grades : ils désignent trois rôles, et la même personne peut les tenir tous les trois. Camille Verdelet dirige les Ateliers Verdelet — elle est dirigeante ; elle anime une équipe de six responsables — elle est manager ; elle a lancé, l’an dernier, une gamme que personne ne faisait — elle a agi en entrepreneur. Cette superposition est la règle dans les petites organisations, et l’épreuve la met souvent en scène : c’est le rôle qu’il faut nommer, non la personne.
Une question se pose immédiatement, et il vaut mieux la traiter maintenant qu’au moment de la copie : peut-on être manager sans avoir de subordonné ? La réponse tient à la définition : le manager répond d’une unité et des personnes qui y travaillent, donc il lui faut des personnes. Mais l’autorité hiérarchique n’est pas la seule forme de responsabilité sur des personnes : un chef de projet qui anime pendant dix-huit mois une équipe empruntée à quatre services exerce bien un rôle de manager, sans que personne ne lui soit rattaché. C’est une situation extrêmement fréquente dans les organisations d’aujourd’hui, et le programme y reviendra en traitant la structure par projets.
Le dirigeant est celui qui a la responsabilité de l’organisation dans son ensemble : il en répond devant les propriétaires, les adhérents ou l’autorité de tutelle, et il engage l’organisation par ses décisions. Il peut être propriétaire ou non. Le manager est celui qui a la responsabilité d’une unité et des personnes qui y travaillent : il répartit le travail, l’organise, l’anime et le contrôle. L’entrepreneur est celui qui met en œuvre une idée nouvelle en supportant le risque de son échec : il crée une activité, un produit, un procédé ou une organisation. Un dirigeant est presque toujours manager ; il n’est entrepreneur que lorsqu’il prend un risque nouveau.
Il faut souligner ce que la troisième définition a de particulier, parce que c’est elle qui trompe. Le dirigeant et le manager se reconnaissent à une position — on les trouve dans un organigramme. L’entrepreneur se reconnaît à un acte : innover en supportant le risque. On peut donc être entrepreneur sans avoir créé d’entreprise — un salarié qui lance en interne une activité nouvelle en assume l’échec — et on peut diriger une entreprise sans être entrepreneur : reprendre une affaire et la gérer telle quelle ne relève d’aucune innovation.
Ce qui sépare les trois rôles tient en trois questions : sur quoi porte la responsabilité, quel risque est supporté, et sur quel horizon. Le tableau ci-dessous les met côte à côte, et il faut le lire en colonnes autant qu’en lignes : c’est la comparaison qui apprend, non l’énumération.
| La question | Le dirigeant | Le manager | L’entrepreneur |
|---|---|---|---|
| De quoi est-il responsable ? | De l’organisation entière | D’une unité et de ses membres | D’un projet nouveau |
| Devant qui ? | Les propriétaires, les adhérents, la tutelle | Sa hiérarchie, et son équipe | Lui-même, et ceux qui ont financé le risque |
| Quel risque supporte-t-il ? | Celui de la pérennité de l’organisation | Celui de ne pas atteindre ses objectifs — un risque professionnel, non patrimonial | Celui de l’échec de son idée, souvent avec son propre argent |
| Sur quel horizon agit-il ? | Le long terme, et le court quand il le faut | Le mois, le trimestre, l’année | Le temps que met l’idée à réussir ou à échouer |
| Que fait-il de la routine ? | Il l’organise | Il la fait fonctionner | Il la brise — c’est la définition même de son rôle |
Il faut se garder d’une lecture morale du tableau, car elle guette et elle coûte cher. Les cinq lignes décrivent trois façons de répondre de quelque chose ; elles ne classent pas les rôles du plus noble au moins noble. L’époque valorise l’entrepreneur et se méfie un peu du manager, présenté comme celui qui gère au lieu de créer ; cette hiérarchie implicite n’appartient pas au programme, et elle rend aveugle à ce que l’organisation doit à ceux qui la font fonctionner. Une usine qui livre ce qu’elle a promis, à la date promise, au prix promis, est le résultat d’un travail managérial considérable et invisible : on ne le remarque que le jour où il cesse.
Ce qui les réunit est plus intéressant encore que ce qui les sépare, et une copie qui le dit se distingue. Les trois rôles supposent la même chose : décider sans avoir toute l’information, et faire agir des personnes qu’on ne commande jamais complètement. Le dirigeant ignore ce que fera le marché, le manager ignore ce que pense son équipe, l’entrepreneur ignore si son idée prendra. Aucun des trois ne travaille dans la certitude — et c’est pourquoi le programme consacre une sous-partie entière à la décision et une autre au pouvoir.
Une dernière observation, et elle prépare toute la suite du chapitre. Les trois rôles ne se distinguent bien que sur des actions précises : dès qu’on raisonne sur des personnes en général, tout se mélange. La méthode qui fonctionne, en examen comme dans la vie d’une organisation, consiste donc à partir toujours d’un acte — une décision, une réunion, une signature, un lancement — et à demander de quoi cet acte engage son auteur. C’est exactement ce que fera la quatrième partie de ce chapitre, et c’est aussi ce que la seconde compétence de la sous-partie demande : repérer et apprécier des décisions et des actions, et non décrire des personnes.
5Trois lectures du travail du manager
AFayol et les cinq fonctions de l’administration
L’arrêté nomme trois auteurs pour décrire ce que fait un manager : Fayol, Drucker et Mintzberg. Ce n’est pas une bibliographie : c’est une connaissance exigible, et chacun des trois répond à la même question d’une façon différente. Fayol dit ce qu’un manager devrait faire ; Mintzberg dit ce qu’il fait réellement ; Drucker dit ce sur quoi il faut le juger. Les trois lectures ne se contredisent pas : elles se complètent, et une copie qui les oppose passe à côté.
Le premier est un ingénieur français du début du vingtième siècle, et il a fait quelque chose que personne n’avait fait avant lui : il a décrit le travail de direction comme un métier. Avant lui, on considérait que diriger s’apprenait sur le tas, ou ne s’apprenait pas ; Fayol soutient que c’est une fonction, qu’elle a un contenu, et qu’elle s’enseigne. L’existence même de l’unité que vous préparez découle de cette idée.
Une remarque de méthode, valable pour les quatre auteurs de ce chapitre. Citer un nom ne rapporte rien : ce qui rapporte, c’est la thèse, et l’usage qu’on en fait sur le cas du dossier. Écrire, tel quel, que selon Fayol le manager prévoit, organise, commande, coordonne et contrôle, est une récitation ; écrire que la directrice consacre l’essentiel de son temps à commander et à contrôler, et presque rien à prévoir, ce qui explique que l’entreprise soit prise de court par la commande du distributeur, est une analyse. La différence vaut plusieurs points à chaque question.
BMintzberg et les dix rôles du manager
Un demi-siècle plus tard, un chercheur canadien fait une chose simple et qui n’avait pas été faite : il va regarder des dirigeants travailler. Il suit cinq directeurs généraux, note ce qu’ils font heure par heure, et le résultat contredit Fayol sur un point important : le travail réel n’a rien de la belle ordonnance des cinq verbes. Il est fait d’interruptions, de conversations brèves, de décisions prises dans l’urgence sur une information partielle.
La confrontation entre Fayol et Mintzberg est la plus utile de ce chapitre, et elle tombe régulièrement. Les deux ne parlent pas de la même chose : Fayol décrit une fonction — ce qu’il faut faire pour que l’organisation marche —, Mintzberg décrit une journée — ce qu’un homme fait réellement de ses heures. Les deux descriptions peuvent être vraies en même temps : un dirigeant peut prévoir et organiser tout en passant sa journée en conversations brèves, car c’est dans ces conversations que la prévision se construit. Une copie qui écrit que Mintzberg a réfuté Fayol dit trop ; une copie qui explique qu’il l’a complété par l’observation dit juste.
Trois familles, et une phrase pour chacune. Les rôles interpersonnels : le manager est en contact — symbole, leader, agent de liaison. Les rôles informationnels : il est un carrefour d’informations — observateur, diffuseur, porte-parole. Les rôles décisionnels : il tranche — entrepreneur, régulateur, répartiteur de ressources, négociateur. Le moyen de ne pas les confondre à l’examen : demandez-vous si l’action décrite consiste à parler à quelqu’un (interpersonnel), à faire circuler une information (informationnel) ou à engager une ressource (décisionnel).
CDrucker et le management par objectifs
Le troisième auteur que l’arrêté nomme aborde la question par un autre bout : non pas ce que le manager fait, mais ce sur quoi on doit le juger. Sa réponse tient dans une formule qui a fait le tour du monde : le manager est responsable de résultats, non d’activités. De là découle tout ce qu’on appelle aujourd’hui le pilotage par objectifs.
Les trois lectures se rangent alors dans un ordre qui aide à les retenir. Fayol répond à la question : que doit faire un manager ? ; Mintzberg à la question : que fait-il réellement ? ; Drucker à la question : sur quoi doit-on le juger ? Trois questions, trois réponses, aucune contradiction — et un dossier d’examen peut appeler l’une ou l’autre selon ce qu’il demande. La compétence attendue est de choisir la bonne, non de les réciter toutes les trois.
| L’auteur | La question à laquelle il répond | Quand le mobiliser dans un dossier |
|---|---|---|
| Fayol | Que doit faire un manager ? | Quand le dossier montre une fonction négligée — rien n’est prévu, rien n’est contrôlé — et qu’il faut nommer ce qui manque |
| Mintzberg | Que fait-il réellement ? | Quand le dossier décrit l’emploi du temps ou les contacts d’un dirigeant, et qu’il faut qualifier ses rôles |
| Drucker | Sur quoi doit-on le juger ? | Quand le dossier porte sur des objectifs, des entretiens annuels ou des indicateurs, et qu’il faut en apprécier la pertinence |
6L’entrepreneur et l’appréciation d’une action
ACe que Schumpeter appelle innover
L’arrêté nomme un quatrième auteur, et il le réserve à un seul mot : l’entrepreneur. La formule du programme est « un entrepreneur (Schumpeter) », ce qui veut dire que la définition de l’entrepreneur attendue à l’examen est la sienne, et non celle du langage courant. La différence est réelle : dans le langage courant, un entrepreneur est quelqu’un qui crée une entreprise ; chez Schumpeter, c’est quelqu’un qui innove, ce qui n’est ni la même chose, ni forcément lié.
Il faut donc commencer par écarter la confusion la plus répandue, celle qui coûte des points chaque année : innover n’est pas inventer. L’invention est la découverte d’une possibilité technique — elle appartient au laboratoire. L’innovation est l’application industrielle ou commerciale de cette possibilité — elle appartient au marché. Entre les deux il y a un risque, de l’argent et du temps, et c’est précisément ce que l’entrepreneur supporte. Un inventeur peut mourir pauvre ; un innovateur qui a réussi ne le peut pas.
L’invention est une possibilité technique nouvelle : un procédé, un principe, un objet qui n’existait pas. L’innovation est la mise en œuvre économique de cette possibilité : sa fabrication, sa vente, son introduction dans une organisation. L’entrepreneur, au sens de Schumpeter, est celui qui réalise cette mise en œuvre en supportant le risque de son échec. Il n’est donc pas nécessairement l’inventeur — il peut reprendre une invention préexistante et en faire une application industrielle — et il n’est pas nécessairement le propriétaire : c’est un rôle, pas un statut juridique.
Il faut souligner un déplacement que cette thèse opère et qui explique sa fortune : elle fait de l’entrepreneur une fonction économique, et non une catégorie sociale. On peut donc être entrepreneur sans capital, puisque le capital se prête ; sans invention, puisque les inventions se reprennent ; sans entreprise, puisque l’innovation peut se réaliser dans une organisation qui existe déjà. Ce que l’on ne peut pas être, c’est entrepreneur sans introduire quelque chose de nouveau et sans en supporter les conséquences. Une fois ce point admis, les questions d’examen deviennent nettement plus simples : la qualification ne dépend plus du statut de la personne, elle dépend de l’acte décrit dans l’annexe.
Un mot sur la façon de citer cet auteur, car elle est particulière. Les cinq formes d’innovation sont un contenu de cours qui se restitue ; mais la question d’examen ne demande presque jamais de les réciter : elle décrit une organisation qui fait quelque chose de nouveau, et elle demande de qualifier. Le réflexe attendu est donc de partir du cas et de chercher laquelle des cinq formes il illustre, pas de dérouler la liste en espérant que l’une d’elles tombe juste. Le tableau de la sous-partie suivante entraîne exactement ce réflexe.
BLa destruction créatrice, et ce qu’elle explique
La thèse de Schumpeter a une conséquence qui dérange, et c’est elle qu’on retient sous le nom de destruction créatrice. Si l’innovation consiste à faire autrement, alors elle détruit ce qui se faisait avant : des produits, des procédés, des entreprises et des emplois. Le mot destruction n’est pas une figure de style : il désigne des faillites et des licenciements réels, et le mot créatrice désigne les activités et les emplois que la même innovation fait naître ailleurs.
La destruction créatrice est le processus par lequel une innovation fait disparaître les activités qu’elle remplace en même temps qu’elle en crée de nouvelles. Le solde entre les deux n’est pas donné à l’avance : il dépend de l’ampleur de l’innovation, du temps qu’elle met à se diffuser et de la capacité des personnes et des territoires à se reconvertir. Ce n’est donc ni une bonne ni une mauvaise nouvelle en soi — c’est une description d’un mécanisme, et une copie qui la présente comme un progrès automatique se fait reprendre aussi sûrement qu’une copie qui la présente comme un désastre.
Cette conséquence a une portée qui dépasse largement l’entreprise et le programme le sait, puisqu’il place la responsabilité sociale parmi les enjeux du management. Une innovation qui détruit une activité détruit aussi des emplois, et le plus souvent pas au même endroit ni au même moment que ceux qu’elle crée : les emplois supprimés sont concentrés dans un métier et sur un territoire ; les emplois créés sont dispersés, différents, et exigent d’autres qualifications. Le solde global peut être positif alors même que la situation locale est catastrophique, et c’est précisément ce décalage qui fait de la destruction créatrice une question politique autant qu’économique.
| La forme | Ce qui change | Un exemple construit |
|---|---|---|
| Un bien nouveau | L’objet vendu — le client achète quelque chose qu’il ne pouvait pas acheter | Une gamme de mobilier de jardin en bois recyclé, inexistante auparavant |
| Une nouvelle méthode de production | La façon de fabriquer — le bien peut rester le même | Le passage d’un montage à la commande à un montage en flux tendu |
| Un nouveau débouché | Le marché servi — le bien et la méthode ne changent pas | La vente de salons de jardin aux établissements d’hébergement, et non plus aux seuls particuliers |
| Une nouvelle source de matières premières | Ce avec quoi l’on fabrique | Le remplacement du teck importé par du bois de hêtre issu de forêts voisines |
| Une nouvelle organisation | La façon dont l’activité est agencée — y compris chez les concurrents ou dans la distribution | La vente en kit livrée à domicile, qui supprime le magasin de l’équation |
Le tableau des cinq formes appelle une mise en garde sur la façon de s’en servir, car il peut faire illusion. Une même opération relève souvent de plusieurs formes à la fois : vendre en kit et livrer à domicile suppose un produit conçu pour être démonté — donc un bien nouveau —, une chaîne de montage différente — donc une méthode nouvelle — et la disparition du magasin — donc une organisation nouvelle. La bonne réponse, dans ce cas, n’est pas de choisir au hasard : elle consiste à nommer la forme dominante, celle qui explique les autres, et à signaler en une phrase que les autres suivent. C’est ainsi que le correcteur voit qu’on a compris le mécanisme, et non appris une liste.
Non — pas au sens du programme. Créer une entreprise est un acte juridique : on dépose des statuts. Innover est un acte économique : on introduit une combinaison nouvelle. Les deux coïncident souvent, ils ne se confondent jamais : celui qui ouvre la troisième boulangerie d’un quartier crée une entreprise sans rien innover ; celui qui, salarié, lance dans son service une activité que personne n’y faisait innove sans rien créer juridiquement. La question d’examen porte sur le rôle tenu, et la bonne réponse cite l’acte, non le statut.
Il reste à dire ce que ce chapitre ne traite pas ici, pour que le lecteur sache où le trouver. Les conditions dans lesquelles une organisation parvient à innover — l’organisation de la recherche, le financement du projet, la protection de l’innovation, la place faite aux initiatives internes — ne relèvent pas de cette sous-partie : elles appartiennent à la quatrième partie du programme, et ce manuel les traite au chapitre 8 pour l’intrapreneuriat et au chapitre 13 pour le management de l’innovation. Nous ne publions pas non plus de chiffres sur l’innovation en France : nous n’avons lu, pour ce chapitre, aucune statistique sur une source de première main, et une donnée dont on ignore le champ et le millésime ne vaut rien dans une copie.
CApprécier une action, en quatre questions
La seconde compétence de la sous-partie ne demande pas de connaître : elle demande de repérer et d’apprécier les décisions et les actions du manager, de l’entrepreneur et du dirigeant dans des situations données. Deux verbes, et ils ne valent pas le même nombre de points. Repérer, c’est nommer le rôle tenu ; apprécier, c’est dire si l’action était pertinente, et pourquoi. La plupart des copies s’arrêtent au premier verbe, et plafonnent donc à la moitié du barème de la question.
Il faut une méthode, parce que l’examen ne laisse pas le temps d’hésiter. Celle qui suit tient en quatre questions posées dans cet ordre, et chacune produit une phrase de la réponse : qui agit, à quel titre agit-il, que fait-il exactement, et l’a-t-il bien fait ? Les quatre phrases mises bout à bout forment une réponse complète, sans plan à inventer et sans hors-sujet possible.
- 1. Qui agit ? On nomme la personne et sa position dans l’organisation — directrice générale, responsable d’atelier, salarié porteur d’un projet. Cette question paraît triviale ; elle évite la faute la plus coûteuse, qui est de raisonner sur la mauvaise personne.
- 2. À quel titre agit-elle ? On qualifie le rôle : dirigeant si l’organisation entière est engagée, manager si une unité et ses membres le sont, entrepreneur si l’action consiste à introduire une nouveauté en supportant son risque. Une même personne peut changer de rôle d’un paragraphe à l’autre du dossier.
- 3. Que fait-elle exactement ? On rattache l’action à une catégorie d’auteur : une des cinq activités de Fayol, un des dix rôles de Mintzberg, une des cinq tâches de Drucker, une des cinq formes d’innovation de Schumpeter. C’est ici, et seulement ici, qu’un nom d’auteur se cite — et il ne s’en cite qu’un.
- 4. L’a-t-elle bien fait ? On apprécie, et l’on apprécie toujours par rapport à quelque chose : à l’objectif poursuivi, aux moyens engagés, aux conséquences sur les autres unités, ou au niveau de management concerné. Une appréciation sans point de comparaison n’est pas une appréciation, c’est une opinion.
Un mot sur l’ordre de ces quatre questions, car il n’est pas indifférent et l’inverser produit des erreurs en cascade. La tentation naturelle est de commencer par la troisième — repérer une notion connue dans le texte et se réjouir de la reconnaître — mais on qualifie alors l’action avant d’avoir établi qui la commet et à quel titre, et l’on rattache par exemple à un rôle de manager une décision qui engageait l’organisation entière. Poser d’abord qui agit et à quel titre coûte trente secondes ; se tromper de rôle coûte la question, et souvent la suivante, car les questions d’un même dossier s’enchaînent.
Une dernière précaution, valable pour toutes les questions de ce type. Le dossier d’examen donne des faits, et il n’en donne jamais tous : il manque toujours une information qu’on aimerait avoir. La réponse attendue ne consiste pas à le déplorer — elle consiste à apprécier avec ce qu’on a, et à dire ce qu’il faudrait pour aller plus loin. Écrire ceci : en l’état des informations du dossier, la décision paraît cohérente avec l’objectif X ; sa pertinence dépendrait aussi du coût de l’arrêt des machines, que l’annexe ne donne pas — est une réponse de bon niveau, et elle est à la portée de tout le monde.
Une dernière remarque de méthode, sur la longueur des réponses. Les quatre questions produisent quatre phrases, et quatre phrases suffisent souvent : la question qui vaut trois points n’attend pas une page. Ce qui est attendu tient dans le nombre d’éléments justifiés, non dans le nombre de lignes écrites : une réponse qui nomme le rôle, le justifie par ce dont la personne répond, rattache l’action à une catégorie d’auteur et apprécie par rapport à un objectif a fait le travail entier. Le temps gagné sur les développements inutiles se reporte sur les questions suivantes, et l’épreuve de cette unité se perd beaucoup plus souvent par manque de temps que par manque de connaissances.
Le tableau qui suit est l’outil de ce chapitre. Il prend cinq actions telles qu’un dossier les décrirait, il les range sous un rôle et sous un auteur, et il dit la notion qui justifie ce classement. C’est la troisième colonne qui compte : sans elle, le tableau serait une liste à apprendre par cœur, et une liste apprise par cœur ne se transpose pas à un cas nouveau.
| L’action décrite dans le dossier | Le rôle, et l’auteur mobilisé | Ce qui justifie le classement, et l’erreur à éviter |
|---|---|---|
| La directrice réunit ses six responsables chaque lundi pour faire le point sur les commandes. | Manager — Mintzberg, rôles interpersonnels et informationnels | L’action porte sur une unité et sur la circulation de l’information, non sur l’avenir de l’organisation. L’erreur : y voir du commandement au sens de Fayol — une réunion de coordination n’est pas un ordre |
| Elle décide de fabriquer une gamme en bois recyclé que personne ne propose. | Entrepreneur — Schumpeter, fabrication d’un bien nouveau | Il y a nouveauté et risque assumé : les deux conditions de l’innovation sont réunies. L’erreur : qualifier l’opération de stratégique sans la qualifier d’entrepreneuriale — les deux mots ne répondent pas à la même question |
| Elle signe l’emprunt qui finance l’extension de l’atelier et engage l’entreprise sur sept ans. | Dirigeant — Fayol, prévoir et organiser | L’engagement porte sur l’organisation entière et sur le long terme, et il est pris devant les propriétaires. L’erreur : classer d’après le montant — c’est la durée et ce qui est engagé qui décident |
| Elle fixe à chaque responsable trois objectifs chiffrés pour l’année et les revoit en entretien. | Manager — Drucker, direction par objectifs | On est dans la fixation d’objectifs mesurables et acceptés, suivie d’une mesure de la performance. L’erreur : y voir un simple contrôle au sens de Fayol — le contrôle vérifie une conformité, l’objectif oriente une action |
| Un responsable d’atelier, de sa propre initiative, réorganise le poste de montage et divise le temps de série par deux. | Manager agissant en entrepreneur — Schumpeter, nouvelle méthode de production ; Mintzberg, rôle d’entrepreneur | La nouveauté et l’initiative font l’entrepreneur, la position dans l’organisation fait le manager : les deux qualifications sont exactes et complémentaires. L’erreur : choisir l’une contre l’autre — le dossier attend l’intrapreneuriat, traité au chapitre 8 |
Il faut dire pourquoi ce tableau est construit à partir d’actions et non à partir des auteurs, car c’est un choix délibéré. Un tableau qui rangerait les quatre auteurs en colonnes et donnerait sous chacun ses concepts serait plus facile à fabriquer et plus facile à apprendre ; il serait aussi parfaitement inutile le jour de l’épreuve, parce que le dossier ne présente jamais des concepts : il présente des faits. Le sens de lecture d’un outil doit être celui de son usage : on part de ce que le sujet donne — une action — et l’on cherche ce qui la qualifie, jamais l’inverse. Ce principe vaut pour toutes les fiches de ce manuel, et il explique la forme de plusieurs d’entre elles.
Trois choses, et elles sont exigibles telles quelles. Premièrement, distinguer les trois rôles par ce dont chacun répond : l’organisation entière pour le dirigeant, une unité et ses membres pour le manager, une nouveauté risquée pour l’entrepreneur. Deuxièmement, associer chaque auteur à sa question : Fayol, ce que le manager doit faire ; Mintzberg, ce qu’il fait ; Drucker, sur quoi on le juge ; Schumpeter, ce qui distingue l’entrepreneur. Troisièmement, apprécier une action en la comparant à quelque chose — un objectif, des moyens, un effet sur les autres unités — et jamais en jugeant la personne.
Reste une question que les étudiants posent souvent et qui mérite une réponse franche : faut-il citer les noms des auteurs dans la copie ? Oui, lorsque l’auteur éclaire la réponse, et non lorsqu’il sert d’ornement. Un nom cité sans thèse ne rapporte rien, et un nom cité avec sa thèse mais sans application au cas ne rapporte guère davantage : ce qui est payé, c’est la thèse mise au travail sur le dossier. La formule qui fonctionne tient en deux temps : une proposition qui énonce ce que l’auteur soutient, une seconde qui dit ce que cela donne ici. Deux phrases, donc — et le correcteur voit immédiatement la différence avec une copie qui récite.
✳La carte mentale
Sept branches, à redessiner de mémoire avant l'épreuve.
≡L’organisation et son management
- Un ensemble de personnes, doté d’une existence propre : l’organisation survit au départ de ses membres.
- Une frontière avec son environnement, plus floue qu’il n’y paraît — un sous-traitant est-il dedans ?
- Un but partagé, qui dure : c’est sa raison d’être.
- Une structure : des règles, écrites ou non, qui répartissent le travail et le coordonnent.
- Des ressources : humaines, matérielles, financières, immatérielles.
- La finalité ne s’atteint jamais : soigner, produire du profit, défendre une cause.
- Le but s’oriente : une direction durable, qu’on suit ou qu’on quitte.
- L’objectif se coche : daté et mesurable.
- Trois questions pour trancher : est-ce daté ? est-ce mesurable ? cela pourrait-il être atteint définitivement ?
| Le paradoxe | Ce qui se joue |
|---|---|
| Court terme / long terme | Chaque euro dépensé pour l’un manque à l’autre |
| Coût / qualité | La qualité se paie, et le client ne la paie pas toujours |
| Productivité / flexibilité | Ce qui rend efficace rend rigide |
| Rentabilité / durabilité | Un enjeu central du programme réformé |
| Autonomie / contrôle | Décentraliser accélère et fait perdre la maîtrise |
- Efficace : l’objectif est atteint. On répond par oui ou par non.
- Efficient : il l’est en consommant peu de ressources. On répond par un rapport.
- Performant : les deux à la fois.
- Performance globale : économique et financière, sociale, environnementale — trois dimensions qui ne s’additionnent pas.
| Le niveau | L’horizon | Ce qui est engagé |
|---|---|---|
| Stratégique | Plusieurs années | L’existence de l’organisation |
| Organisationnel | Quelques mois à quelques années | La capacité à exécuter la stratégie |
| Opérationnel | Le jour, la semaine, le mois | La performance immédiate |
| Le critère | — | La décision, jamais le grade de celui qui la prend |
- Aucune donnée chiffrée sur les organisations françaises. Nous n’avons lu, pour ce chapitre, aucune statistique sur une source de première main, et un chiffre dont on ignore l’année et le champ ne vaut rien dans une copie.
- Aucun calcul d’indicateur de performance : le programme renvoie expressément ces calculs aux autres unités.
- Aucune opposition tranchée entre gestion et management : aucun texte ne la fixe, et le chapitre le dit.
| Le rôle | De quoi il répond | Le risque qu’il supporte |
|---|---|---|
| Dirigeant | L’organisation entière, devant les propriétaires ou la tutelle | La pérennité de l’organisation |
| Manager | Une unité et les personnes qui y travaillent | Ne pas atteindre ses objectifs — un risque professionnel |
| Entrepreneur | Une nouveauté qu’il introduit | L’échec de son idée — souvent avec son argent |
- Fayol (1916) — que doit faire un manager ? Six fonctions dans l’entreprise, dont la fonction administrative, décomposée en cinq verbes : prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler.
- Mintzberg (1973) — que fait-il réellement ? Dix rôles en trois familles : interpersonnels (symbole, leader, agent de liaison), informationnels (observateur, diffuseur, porte-parole), décisionnels (entrepreneur, régulateur, répartiteur de ressources, négociateur).
- Drucker (1954) — sur quoi le juger ? Cinq tâches : fixer des objectifs, organiser, motiver et communiquer, mesurer la performance, former. Le manager répond de résultats, non d’activités.
- Schumpeter (1911) — qu’est-ce qu’un entrepreneur ? Celui qui réalise des combinaisons nouvelles, sous cinq formes, et dont l’innovation détruit ce qu’elle remplace.
Ce que tu sais faire maintenant
- Dire pourquoi une action collective a besoin d’être organisée.
- Reconnaître une organisation à ses cinq traits, sur un cas donné.
- Écrire la définition de l’organisation, et l’appliquer à une organisation publique comme à une entreprise.
- Distinguer une finalité, un but et un objectif, et justifier le classement par trois questions.
- Identifier les objectifs d’une organisation dans un dossier.
- Expliquer une interdépendance entre deux objectifs, et la distinguer d’un paradoxe.
- Nommer cinq paradoxes du management et dire ce que chacun met en jeu.
- Distinguer efficacité et efficience, et dire pourquoi une organisation peut être l’une sans être l’autre.
- Énoncer les trois dimensions de la performance globale et dire pourquoi elles ne s’additionnent pas.
- Distinguer les trois niveaux de management par l’horizon et par ce qu’ils engagent.
- Situer une décision dans un niveau de management en quatre questions.
- Dire pourquoi le grade de celui qui décide ne détermine pas le niveau de la décision.
- Définir le dirigeant, le manager et l’entrepreneur, et dire ce dont chacun répond.
- Expliquer pourquoi une même personne peut tenir les trois rôles, et pourquoi c’est le rôle qu’il faut nommer.
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Un chiffre qui ne tombe pas juste, un compte qui n’existe plus, une phrase incompréhensible : dites-nous ce que vous avez vu, nous le vérifions.