- DCG
- UE 8 — Système d’information de gestion
- Chapitre 1
- Les corrections
Les corrections : L’information et le système d’information
20 corrections détaillées, avec le raisonnement pas à pas et l’erreur fréquente.
01 Donnée ou pas ?
Pour chacun des six éléments, dites s’il s’agit d’une donnée et justifiez en une ligne : (a) 47 ; (b) « le four du restaurant Le Tilleul a 47 mois » ; (c) la date 04/03/2027 ; (d) « nos délais se dégradent » ; (e) la référence R-214 ; (f) « la pièce R-214 a été changée dix-sept fois en mars ».
(a) Donnée. Un nombre brut, isolé : on ignore ce qu’il compte.
(b) Information. L’élément est rattaché à un objet — le four du Tilleul —, à une unité — des mois — et il répond à une question : quel est l’âge de ce four ?
(c) Donnée. Une date enregistrée sans commentaire ne dit pas de quoi elle est la date.
(d) Ni l’un ni l’autre : c’est un jugement. Il a été formé à partir d’informations, et il relève de la connaissance de celui qui l’énonce. C’est le piège le plus fréquent de l’exercice.
(e) Donnée. Une référence est un identifiant brut.
(f) Information. Un comptage a été fait, sur une période nommée : le traitement a eu lieu.
Classer (d) parmi les informations. Une phrase qui porte une appréciation n’est pas une information : elle est le produit d’une connaissance, et l’épreuve attend qu’on le dise.
02 Retrouver les quatre temps
Un technicien d’Alcyon saisit, pour chaque intervention, la durée en minutes. En fin de mois, le responsable lit : « la durée moyenne d’intervention de mars est de 84 minutes, contre 71 en février ». Nommez les quatre temps du traitement qui ont conduit de la donnée à cette phrase.
Rassembler : les durées de toutes les interventions de mars ont été mises ensemble.
Rattacher : on dit qu’il s’agit de minutes, d’interventions, et du mois de mars 2027.
Calculer ou comparer : une moyenne a été calculée, puis rapprochée de celle du mois précédent.
Destiner : la phrase s’adresse au responsable technique, qui suit la charge de ses équipes — la comptabilité, elle, n’en ferait rien.
Oublier le quatrième temps. Une information sans destinataire n’est pas une information : elle ne répond à la question de personne.
03 Nommer les cinq
Citez les cinq critères de qualité de l’information retenus par le programme, et donnez pour chacun la question qu’il fait poser.
Accessibilité — est-elle arrivée à la bonne personne, à temps, et légalement ?
Actualité — de quand datent les données qu’elle porte ?
Exactitude — d’où vient-elle, et peut-on y remonter ?
Pertinence — sert-elle à la décision qu’on doit prendre ?
Exhaustivité — manque-t-il quelque chose pour décider ?
Les cinq sont dans l’arrêté, et la liste est fermée : inventer la fiabilité ou la lisibilité comme sixième critère ne rapporte rien.
Ajouter un sixième critère. La liste du programme est fermée : ce qu’on ajoute prend la place de ce qui était attendu.
04 Exacte et pourtant mauvaise
Le directeur d’Alcyon reçoit le 15 mai un état rigoureusement exact des interventions d’avril. La réunion où il devait s’en servir s’est tenue le 5 mai. Cette information est-elle de qualité ? Justifiez en nommant le critère.
Non, malgré son exactitude.
Le critère qui manque est l’accessibilité, dans sa première exigence : l’information doit être disponible au moment opportun pour le destinataire. Le 15 mai, la décision est prise depuis dix jours.
Les quatre autres critères peuvent être parfaitement satisfaits — exactitude, actualité des données d’avril, pertinence, exhaustivité — cela ne change rien : une information qui arrive après la décision n’a servi à rien.
Le remède suit le critère : ce n’est pas de vérifier davantage, c’est d’avancer la date de production de l’état.
Répondre que l’information est de qualité parce qu’elle est exacte. L’exactitude est un critère sur cinq, et le programme en énumère cinq précisément pour empêcher cette réponse.
05 Trois origines, trois risques
Alcyon reçoit ses données de trois façons : le technicien saisit son compte rendu, la machine installée remonte ses heures de fonctionnement, le fabricant envoie son tarif en fichier. Pour chacune, nommez le risque propre et proposez un contrôle qui le réduirait, en justifiant pourquoi ce contrôle-là et pas un autre.
La saisie par une personne — risque : faute de frappe, champ laissé vide, doublon. Contrôle : un contrôle de saisie qui refuse une durée négative ou supérieure à une journée, et une recherche de doublons sur la référence d’intervention.
La mesure par un appareil — risque : le capteur tombe en panne et cesse de remonter, ou son horloge dérive. Contrôle : une alerte quand une machine cesse d’émettre pendant plus de quarante-huit heures.
La réception d’un tiers — risque : le format change sans prévenir, ou le fichier reçu est celui du mois précédent. Contrôle : vérifier la date du fichier et le nombre de lignes attendu avant de l’intégrer.
Proposer le même contrôle pour les trois. Un contrôle qui ne tient pas compte de l’origine ne réduit pas le risque propre : il coûte sans rien attraper.
06 La même donnée, deux lecteurs
La machine installée chez le restaurant Le Tilleul a fonctionné 612 heures en mars. L’entretien contractuel est dû toutes les 600 heures. Dites, pour le technicien de maintenance puis pour le comptable, si cette donnée est une information, et justifiez chaque réponse par la question que se pose l’intéressé.
Pour le technicien : c’est une information. Sa question est — faut-il programmer une visite ? — et 612 heures, rapportées au seuil de 600, y répond : oui, et la visite est même en retard.
Pour le comptable : ce n’en est pas une, pas encore. Sa question porte sur ce qu’il y a à facturer : tant que l’intervention n’a pas eu lieu, le nombre d’heures ne lui apprend rien. La même donnée deviendra une information pour lui le jour où elle produira une facture.
Ce qui change n’est pas la donnée, c’est la question.
Répondre que c’est une information pour les deux parce que le chiffre est vrai. La véracité ne fait pas l’information : c’est la réponse à une question qui la fait.
07 Le classement justifié
Classez chacun de ces cinq éléments à sa marche — donnée, information ou connaissance — et justifiez par ce qu’on lui a fait ou par ce qui lui manque : (a) le relevé horaire d’une chambre froide ; (b) « la chambre froide du Tilleul dépasse 4 °C tous les mardis matin » ; (c) « les mardis matin, c’est la livraison : la porte reste ouverte » ; (d) le numéro de série d’un four ; (e) « ce modèle de four tombe en panne après cinq ans, on le sait depuis 2024 ».
(a) Donnée. Un relevé brut, sans interprétation.
(b) Information. Les relevés ont été rassemblés, un motif a été dégagé, et le résultat est daté et rattaché à un client.
(c) Connaissance. L’explication du motif suppose de savoir ce qui se passe le mardi matin chez ce client : cela ne se lit dans aucun relevé.
(d) Donnée. Un identifiant brut.
(e) Connaissance. Le savoir est celui d’une personne, il est daté de son expérience, et il permet de décider — ne pas reproposer ce modèle.
Remarquez la paire (b) et (c) : l’information dit ce qui se passe, la connaissance dit pourquoi.
Classer (c) et (e) parmi les informations parce qu’elles sont écrites. Ce n’est pas le support qui décide : c’est de savoir si l’élément suppose l’expérience de quelqu’un.
08 Pertinence ou exhaustivité ?
Pour chacun des quatre cas, dites quel critère fait défaut — pertinence ou exhaustivité — et justifiez : (a) une note sur l’ouverture d’une antenne à Lyon qui décrit le marché national depuis 1990 ; (b) un état des ventes où trois régions sur douze manquent ; (c) un tableau des interventions qui compte les visites quand la décision porte sur les heures ; (d) un budget prévisionnel sans les charges de personnel.
(a) Pertinence. Le document parle d’autre chose que de la question posée : le sujet est manqué.
(b) Exhaustivité. Le sujet est le bon, le périmètre est incomplet.
(c) Pertinence. L’unité de compte ne répond pas à la question : on demande une charge, on fournit un nombre de visites. Le sujet est manqué, même si le tableau porte bien sur les interventions.
(d) Exhaustivité. Un budget est bien le bon document ; il lui manque un poste nécessaire à la décision.
La règle qui range à coup sûr : la pertinence porte sur le sujet, l’exhaustivité sur le périmètre.
Classer (c) en exhaustivité parce qu’il manque une donnée. Il ne manque rien au périmètre : le tableau couvre toutes les interventions. C’est l’unité de mesure qui ne répond pas à la question, donc la pertinence.
09 Ce que le programme écarte
Un camarade vous montre sa fiche : elle enchaîne donnée, information, connaissance, compétence, avec une définition pour chacune, puis liste les trois niveaux du système d’information. Dites ce qu’il faut retirer, et justifiez chaque retrait par la colonne des limites du programme.
Il faut retirer deux choses.
La compétence, d’abord. La colonne des limites de la sous-partie 1.1 demande de savoir distinguer donnée, information et connaissance — et précise expressément que la compétence n’en fait pas partie. La pyramide à quatre étages est donc hors sujet ici.
Les niveaux du système d’information, ensuite. La même colonne écarte les niveaux du SI, les sous-systèmes et les procédures de contrôle de la qualité d’une information.
Ce qui reste est exactement ce que le chapitre traite : les trois premières marches, et rien au-delà. Un candidat qui traite le reste ne perd pas de points sur ce qu’il écrit — il en perd sur ce qu’il n’a pas eu le temps d’écrire.
Croire que la troisième colonne est une suggestion. C’est une limite de programme : ce qu’elle écarte n’est pas évalué.
10 Beaucoup de données, peu d’informations
La directrice d’Alcyon vous dit : « nous avons huit cents clients, quarante-deux techniciens, six ans d’historique d’interventions — nous sommes très bien informés. » Discutez cette affirmation en une dizaine de lignes.
L’affirmation confond le stock et l’usage.
Ce que la directrice décrit est un volume de données : des enregistrements bruts, nombreux et anciens. Rien dans cette phrase ne dit qu’une question a été posée, ni qu’un traitement y répond.
Une donnée qui ne répond à aucune question n’informe personne, et elle coûte : stockage, saisie, mise à jour, et le temps de ceux qui la cherchent.
La bonne façon de vérifier est de retourner la phrase : quelles décisions sont prises chaque mois, et quelle information les éclaire ? Si la réponse est vague, l’organisation est riche en données et pauvre en informations.
On peut le dire autrement : le volume est un coût certain, l’information un bénéfice conditionnel — et la condition est qu’une question ait été posée.
Répondre que la directrice a raison parce que six ans d’historique valent mieux qu’un an. La durée d’un historique ne dit rien de son usage : un historique que personne n’interroge est un coût.
11 Remonter à la source
Un commercial d’Alcyon affirme : « le marché de la cuisine professionnelle progresse de 8 % par an, je l’ai lu quelque part. » Appréciez l’exactitude de cette information en passant les six qualités d’une source, et dites ce qu’il faudrait faire pour pouvoir s’en servir.
Aucune des six qualités ne peut être établie, et c’est cela le problème.
Vérifiable : non — je l’ai lu quelque part ne permet de remonter à rien. C’est le défaut premier, et il entraîne les autres.
Fiable : inconnu, faute de savoir qui publie.
Spécialisée : inconnu — la source parlait-elle de la cuisine professionnelle ou de la restauration en général ?
Non déformée : douteux — un chiffre retenu de mémoire est le cas type de la déformation.
À jour : inconnu, faute de millésime.
Adéquate : inconnu — 8 % de quoi : du chiffre d’affaires, du nombre d’établissements, du parc installé ?
Ce qu’il faut faire : retrouver la publication d’origine, relever son éditeur, son millésime et son champ, et reprendre le chiffre depuis cette source de première main. Tant que ce n’est pas fait, l’information ne peut pas fonder une décision.
Juger l’information fausse. Rien ne dit qu’elle est fausse : on dit qu’elle n’est pas vérifiable, ce qui n’est pas la même chose, et le remède n’est pas le même.
12 La grille complète
Le tableau de bord mensuel d’Alcyon paraît le 15, porte sur le mois écoulé, compte les interventions saisies par les techniciens et contrôlées à la facturation, et exclut les interventions sous garantie. La réunion de suivi de charge des équipes a lieu le 5. Passez les cinq critères et concluez.
La décision à éclairer est le suivi de la charge des équipes.
Accessibilité : non satisfaite. Le tableau paraît le 15, la réunion se tient le 5 : il n’est pas disponible au moment opportun.
Actualité : satisfaite. Les données portent sur le mois qui vient de s’achever.
Exactitude : satisfaite. La saisie est faite par ceux qui interviennent et recoupée à la facturation : la source est interne, spécialisée et vérifiable.
Pertinence : partiellement satisfaite. Le tableau compte des visites quand la charge se mesure en heures : deux interventions d’une heure et de six heures pèsent pareil dans ce comptage.
Exhaustivité : non satisfaite. Les interventions sous garantie sont exclues — elles occupent pourtant les mêmes techniciens : le périmètre ne couvre pas le besoin.
Conclusion : le tableau est exact et ne peut pas servir à la décision. Trois remèdes distincts sont nécessaires : avancer la parution avant le 5, compter des heures et non des visites, et intégrer les interventions sous garantie.
Conclure par une appréciation globale — un tableau de qualité moyenne — sans nommer les critères. Le jugement se justifie critère par critère : c’est cela qui est noté.
13 Reconstituer la chaîne
Chez Alcyon, la pièce R-214 a été changée dix-sept fois en mars, contre quatre en février. Le responsable technique appelle le fabricant le jour même. Reconstituez la chaîne complète : nommez les données de départ, le traitement, l’information produite, et la connaissance qui a fait agir. Dites aussi ce qui se serait passé si l’un des maillons avait manqué.
Les données de départ. Chaque intervention a produit trois éléments bruts : la date, la référence de la pièce changée, le client. Aucun ne dit quoi que ce soit isolément.
Le traitement. Le système a rassemblé les interventions du mois, filtré sur la référence R-214, compté, puis comparé au mois précédent.
L’information produite. Dix-sept remplacements en mars contre quatre en février : le nombre est daté, rattaché à une référence, et comparé.
La connaissance qui a fait agir. Le responsable a reconnu un défaut de série déjà vu en 2025 : ce rapprochement-là n’est écrit nulle part, il vient de son expérience.
Si le traitement avait manqué : les dix-sept interventions seraient restées dispersées dans la base, et personne n’aurait rien vu. Si la personne avait manqué : le chiffre serait apparu sur un écran, et l’on aurait sans doute recommandé la pièce sans appeler le fabricant.
Ne pas traiter la dernière question. L’épreuve demande souvent ce qui se passe quand un maillon manque : c’est là qu’on montre qu’on a compris la chaîne, et non appris trois définitions.
14 Écrire la justification attendue
Un correcteur lit deux copies. La première écrit : « 612 heures est une donnée. » La seconde écrit : « 612 heures est une donnée : le nombre est brut et isolé, rien ne dit encore de quelle machine ni sur quelle période il s’agit ; il ne devient une information que rapporté au seuil contractuel de 600 heures. » Expliquez ce qui sépare les deux copies, puis rédigez sur ce modèle la justification pour « la référence R-214 ».
Ce qui les sépare est la justification, et c’est elle qui est notée.
La première copie affirme un classement : le correcteur ne peut pas savoir si l’étudiant a compris ou deviné. La seconde fait trois choses : elle classe — donnée ; elle justifie par ce qui manque — rien ne dit de quelle machine ni sur quelle période ; elle dit à quelle condition le classement changerait — rapporté au seuil de 600 heures.
La troisième partie est celle qui distingue une bonne copie, parce qu’elle montre qu’on a compris que le classement dépend du traitement, non de l’élément.
Sur le modèle, pour R-214 : la référence R-214 est une donnée — c’est un identifiant brut, qui ne répond à aucune question — ; elle devient une information dès qu’on la rattache à un comptage et à une période, par exemple dix-sept remplacements en mars 2027.
Rédiger une justification qui répète le classement au lieu de l’expliquer. « C’est une donnée parce que c’est brut » ne justifie rien : il faut dire ce qui manque.
15 Le remède qui correspond
Pour chacun des cinq défauts, proposez le remède qui correspond au critère et dites pourquoi un autre remède ne corrigerait rien : (a) l’état paraît après la réunion ; (b) les chiffres datent de deux ans et le marché a bougé ; (c) le chiffre vient d’une source qu’on ne peut pas retrouver ; (d) le document traite du marché national quand la décision porte sur Lyon ; (e) le budget omet les charges de personnel.
(a) Accessibilité — remède : avancer la date de production. Vérifier davantage les chiffres ne servirait à rien : ils sont justes, ils arrivent trop tard.
(b) Actualité — remède : reprendre les données récentes. Élargir le périmètre ne corrigerait pas l’ancienneté.
(c) Exactitude — remède : remonter à la source de première main, relever son éditeur et son millésime. Avancer la parution ne rendrait pas le chiffre vérifiable.
(d) Pertinence — remède : refaire le document sur le bon sujet. Ajouter des pages aggraverait le défaut : il y en a déjà trop sur ce qui n’est pas demandé.
(e) Exhaustivité — remède : compléter le périmètre. Vérifier les chiffres présents ne ferait pas apparaître ceux qui manquent.
La leçon commune : un remède qui ne vise pas le critère défaillant coûte du travail et ne corrige rien.
Proposer de mettre en place un contrôle qualité pour les cinq. C’est à la fois hors programme et sans effet : la colonne des limites écarte les procédures de contrôle, et un remède générique ne vise aucun des cinq défauts.
16 Le piège de l’accumulation
La directrice d’Alcyon décide que le tableau de bord mensuel comportera désormais quarante-deux indicateurs au lieu de six, pour être exhaustif. Discutez cette décision au regard des cinq critères.
La décision confond l’exhaustivité et l’accumulation. Elle dégrade trois critères pour en améliorer un seul, et encore en apparence.
Ce qu’elle améliore : rien de sûr. Le programme définit l’exhaustivité comme le fait d’être complet au regard du besoin — si les six indicateurs couvraient le besoin, les trente-six autres n’ajoutent pas d’exhaustivité.
Ce qu’elle dégrade, d’abord la pertinence : le lecteur ne trouve plus ce qui l’intéresse.
Ensuite l’accessibilité : produire quarante-deux indicateurs allonge le délai de parution, et le tableau paraîtra plus tard encore.
Enfin l’exactitude : plus on produit d’indicateurs, moins chacun est contrôlé.
La bonne démarche est inverse : partir des décisions à prendre, en déduire les questions, et ne retenir que les indicateurs qui y répondent.
Approuver la décision parce que plus d’information vaut mieux que moins. Ce chapitre a établi le contraire plus haut : le volume est un coût certain, l’information un bénéfice conditionnel.
17 Le cas complet
Le gérant d’un restaurant client écrit à Alcyon : « votre technicien est passé trois fois en deux mois, à chaque fois il change la même pièce, et personne ne m’explique rien. » La directrice vous demande une note d’une page. Rédigez-la en distinguant expressément ce qui relève de la donnée, de l’information et de la connaissance, et dites ce qui a manqué chez Alcyon pour que le client soit informé à temps.
Les données existaient, et elles étaient complètes. Chaque passage a produit une date, une référence de pièce, un client : trois interventions, trois enregistrements.
L’information n’a pas été produite pour le client. Elle l’a été pour Alcyon — le comptage par référence a bien fait apparaître le défaut de série — mais personne n’a rapproché les trois interventions du même client pour lui en rendre compte. Le traitement existait dans un sens et pas dans l’autre.
La connaissance était détenue par le responsable technique, qui savait depuis 2025 que ce modèle défaillait : elle n’a pas circulé jusqu’à celui qui parle au client.
Ce qui a manqué tient en une phrase : aucune question n’avait été posée du point de vue du client. Alcyon interrogeait sa base par référence de pièce ; personne ne l’interrogeait par client. Les mêmes données, interrogées autrement, auraient produit l’information — et le client aurait été prévenu avant de se plaindre.
La mesure à proposer n’est donc pas de collecter davantage, mais d’ajouter une question : quels clients ont subi plus de deux interventions sur la même pièce en trois mois ?
Répondre qu’il faut un meilleur logiciel. Le défaut n’est pas dans l’outil : il est dans la question que personne n’avait posée. C’est exactement la leçon du chapitre.
18 Le cas complet
Alcyon envisage de remplacer son logiciel de gestion des interventions. Pour décider, la direction dispose de trois documents : (1) une démonstration commerciale de l’éditeur, datée de la semaine passée ; (2) un comparatif de logiciels trouvé sur un site professionnel, sans date ni auteur ; (3) le relevé interne des pannes du logiciel actuel, tenu depuis 2024 par le responsable informatique. Appréciez la qualité de chacun au regard de la décision, puis dites quelle information manque pour décider.
La décision à éclairer : faut-il remplacer le logiciel, et par lequel ?
Document 1 — la démonstration de l’éditeur. Actualité : excellente. Exactitude : la source est spécialisée et identifiable, mais elle n’est pas neutre — elle décrit ce que son produit sait faire, non ce qu’il ne fait pas. Pertinence : partielle — elle éclaire le choix d’un logiciel, non la décision de remplacer.
Document 2 — le comparatif sans date ni auteur. Exactitude : non vérifiable — on ne peut ni remonter à la source ni juger de sa fiabilité. Actualité : inconnue, ce qui est disqualifiant sur un marché de logiciels. Ce document ne peut pas fonder la décision : le lire n’est pas fautif, s’en servir sans le dire l’est.
Document 3 — le relevé interne des pannes. Exactitude : bonne — source interne, spécialisée, tenue par un personnel compétent. Actualité : bonne, il est tenu depuis 2024. Pertinence : forte — c’est le seul des trois qui documente le problème à résoudre. Exhaustivité : à vérifier — relève-t-il les pannes seulement, ou aussi les lenteurs et les contournements ?
Ce qui manque pour décider : le coût complet du remplacement — licence, reprise des données, formation, interruption d’activité — et le coût de ne rien faire, c’est-à-dire ce que les pannes actuelles coûtent en heures perdues. Sans ces deux chiffres, aucun des trois documents ne permet de trancher : c’est un défaut d’exhaustivité, au regard du besoin.
Écarter le document 1 parce qu’il est commercial. Une source intéressée n’est pas une source inexacte : elle est incomplète par construction, et l’on s’en sert en le sachant — c’est ce que le critère d’adéquation permet de dire.
19 Le diagnostic complet
Le gérant d’un restaurant client écrit à Alcyon : « j’ai appelé trois fois cette semaine, on m’a répondu trois choses différentes sur la date de ma visite ». Vous menez le diagnostic. Vous constatez que : (1) la planification est tenue sur un tableur par la responsable d’exploitation, (2) les techniciens reçoivent leur tournée par message la veille au soir, (3) l’accueil téléphonique consulte le logiciel de gestion, qui n’est mis à jour qu’après l’intervention. Menez le diagnostic par les quatre ressources, dites quelles fonctions du système sont en cause, et proposez un remède hiérarchisé.
Le diagnostic tient en une phrase : la même information existe à trois endroits, et aucun ne fait autorité.
Par les quatre ressources. Données : la date de visite est stockée trois fois — tableur, message, logiciel — et les trois divergent. Procédures : aucune règle ne dit laquelle fait foi, ni qui met à jour quoi et quand. Logicielles : le logiciel n’est alimenté qu’après coup, donc il ne peut pas servir à répondre au client. Matérielles : rien n’indique de défaillance.
Par les cinq fonctions. La collecte est en cause — la planification n’entre jamais dans le système, elle reste dans un tableur. Le stockage est en cause — trois copies au lieu d’une. La diffusion est en cause — l’accueil consulte une source qui n’est pas à jour. Le traitement et la sécurisation ne sont pas mis en cause par le cas.
Le remède, hiérarchisé. D’abord, désigner la source unique : la planification est saisie dans le logiciel, et nulle part ailleurs. C’est une décision de procédure, elle ne coûte rien et elle règle l’essentiel. Ensuite, faire découler les deux autres usages de cette source : la tournée du technicien et l’écran de l’accueil se lisent dans le logiciel, le tableur disparaît. Enfin seulement, si l’outil ne permet pas la saisie prévisionnelle, envisager de le faire évoluer.
L’ordre importe : commencer par l’outil coûterait cher et laisserait subsister la cause, qui est l’absence de source unique.
Proposer d’acheter un logiciel de planification. Le cas ne montre pas que l’outil manque : il montre que trois sources coexistent sans règle, et un quatrième outil ferait une quatrième source.
20 Le cas complet
Alcyon a subi un incident. Le lundi matin, aucun technicien ne reçoit sa tournée. L’enquête établit que : (1) une mise à jour du serveur a été passée le dimanche soir par le responsable des infrastructures, sans prévenir ; (2) cette mise à jour a rendu inopérante une extension développée en interne deux ans plus tôt ; (3) le développeur qui l’avait écrite a quitté l’entreprise, et rien n’est documenté ; (4) aucun jeu d’essai n’existait pour vérifier le bon fonctionnement après mise à jour. Menez l’analyse par les acteurs, dites ce qui a manqué, et proposez trois mesures en les rattachant chacune à un acteur.
Fait 1 — la mise à jour passée sans prévenir. Le responsable des infrastructures répond de la disponibilité du socle technique : passer une mise à jour est son rôle ; ne pas la coordonner avec les utilisateurs est un manquement à son obligation de disponibilité.
Fait 2 — l’extension rendue inopérante. Ce n’est la faute de personne en particulier : c’est le signe d’un système d’information dont les ressources sont interreliées, et ce chapitre l’a annoncé plus haut — on ne change pas une ressource sans toucher aux autres.
Fait 3 — le départ du développeur, et l’absence de documentation. Le chef de projet d’alors répondait de la livraison, documentation comprise, et le directeur des systèmes d’information répond de la cohérence dans la durée : laisser une extension non documentée est une dette qu’il lui appartenait de voir.
Fait 4 — l’absence de jeu d’essai. C’est le manquement le plus lourd, et il n’appartient à aucun des précédents : il relève d’une procédure qui n’existait pas. Le directeur des systèmes d’information en répond, puisqu’il répond de la cohérence du système.
Ce qui a manqué, en une phrase : une procédure de mise en production — qui prévienne, qui teste, et qui permette de revenir en arrière.
Trois mesures. Au responsable des infrastructures : aucune mise à jour sans fenêtre annoncée et sans possibilité de retour arrière. Au directeur des systèmes d’information : un jeu d’essai minimal, exécuté après chaque mise à jour, et un inventaire des développements internes avec leur documentation. Aux utilisateurs et à leur encadrement : une procédure de repli — savoir ce qu’on fait le matin où les tournées ne partent pas.
Remarquez qu’aucune des trois mesures n’est un achat : elles portent toutes sur des procédures, la ressource que ce chapitre désignait plus haut comme celle qu’on oublie.
Conclure que le responsable des infrastructures est le fautif. Il n’a manqué qu’à la coordination : les trois autres faits relèvent d’une procédure absente, et c’est la réponse attendue.