- DCG
- UE 5 — Économie contemporaine
- Chapitre 1
- Les corrections
Les corrections : L’objet de la science économique
10 corrections détaillées, avec le raisonnement pas à pas et l’erreur fréquente.
01 Bien libre ou bien économique
Classez chacun de ces éléments en bien libre ou bien économique, et justifiez en une ligne : (a) l’air respiré dans la rue ; (b) une bouteille d’air comprimé pour la plongée ; (c) l’eau d’une rivière ; (d) l’eau du robinet ; (e) la lumière du soleil ; (f) l’électricité d’un lampadaire.
(a) Bien libre : disponible sans effort et en quantité suffisante. (b) Bien économique : il a fallu comprimer, conditionner, transporter. (c) Bien libre à l’état brut. (d) Bien économique : captage, traitement, réseau, entretien. (e) Bien libre. (f) Bien économique : production et distribution d’électricité.
Ce que l’exercice enseigne : le même élément — l’eau — bascule d’une catégorie à l’autre selon qu’il a ou non été transformé. La rareté n’est pas une propriété de la nature, c’est une propriété de l’accès.
Classer l’eau en bien libre parce qu’elle « existe dans la nature ». L’eau de la rivière est libre ; celle du robinet a coûté des moyens.
02 Un coût d’opportunité chiffré
Les Tissages Sokhna disposent de 60 000 €. Trois emplois sont possibles : un métier à tisser rapportant 15 000 € de marge annuelle, un entrepôt rapportant 11 000 €, un placement financier rapportant 2 400 €. (a) Quel choix retenir ? (b) Quel est le coût d’opportunité de ce choix ? (c) Quel est le gain net du choix ?
(a) Le métier à tisser, qui rapporte le plus : 15 000 €.
(b) La meilleure option écartée est l’entrepôt : le coût d’opportunité est de 11 000 € — et non 11 000 + 2 400 = 13 400 €.
(c) Gain net du choix : 15 000 − 11 000 = 4 000 €.
Ce que l’exercice enseigne : le coût d’opportunité mesure ce à quoi on renonce réellement. On ne renonce qu’à une option, puisqu’on n’aurait de toute façon pu en prendre qu’une.
Additionner toutes les options écartées. Les 60 000 € ne permettaient qu’un seul emploi : on ne renonce donc qu’à la meilleure des autres.
03 Ranger six acteurs dans leur secteur
Indiquez le secteur institutionnel de chacun, et justifiez par sa fonction principale : (a) une SAS de transport routier ; (b) un coiffeur en entreprise individuelle ; (c) la Caisse d’allocations familiales ; (d) une mutuelle d’assurance ; (e) une association de quartier ; (f) un client belge de l’entreprise.
(a) Sociétés non financières : elle produit un service marchand non financier et a la personnalité morale. (b) Ménages : l’entreprise individuelle n’a pas de personnalité juridique distincte. (c) Administrations publiques, administration de sécurité sociale : elle redistribue sur ressources de cotisations. (d) Sociétés financières : sa fonction principale est de couvrir des risques. (e) ISBLSM : service non marchand pour les ménages, sur cotisations et subventions. (f) Reste du monde : unité non résidente, qui n’apparaît que par l’exportation qu’elle génère.
Ce que l’exercice enseigne : les deux pièges de la liste sont (b) et (d). L’entrepreneur individuel n’est pas une société ; une mutuelle d’assurance est une société financière malgré son but non lucratif.
Ranger l’entrepreneur individuel dans les sociétés non financières parce qu’il a une entreprise. C’est le classement que les correcteurs relèvent le plus souvent.
04 Consommation finale ou consommation intermédiaire
Pour chacune de ces opérations, dites s’il s’agit d’une consommation finale ou d’une consommation intermédiaire, et pourquoi : (a) un particulier achète 10 kg de farine ; (b) un boulanger achète 500 kg de farine ; (c) les Tissages Sokhna achètent 620 000 € de fils ; (d) un salarié achète son repas de midi ; (e) l’entreprise achète une machine qui servira huit ans.
(a) Consommation finale : elle satisfait directement un besoin. (b) Consommation intermédiaire : la farine est détruite pour produire du pain. (c) Consommation intermédiaire : les fils sont détruits pour produire du tissu. (d) Consommation finale : c’est le ménage qui consomme, pas l’entreprise.
(e) Ni l’une ni l’autre. Une machine qui sert plusieurs exercices n’est pas détruite dans la production de l’année : c’est un investissement, que la comptabilité nationale appelle formation brute de capital fixe. Le chapitre 6 y reviendra.
Ce que l’exercice enseigne : la question « détruit ou non ? » ne suffit pas ; il faut ajouter « au cours de l’exercice ».
Classer la machine en consommation intermédiaire parce que l’entreprise l’a achetée. La durée d’usage commande le classement.
05 Calculer une valeur ajoutée, et la commenter
Une menuiserie vend pour 880 000 € de meubles. Elle a acheté 310 000 € de bois, 48 000 € d’énergie, 37 000 € de fournitures et de services extérieurs, et versé 295 000 € de salaires. (a) Calculez sa valeur ajoutée. (b) Pourquoi les salaires n’entrent-ils pas dans le calcul ? (c) Que représente la valeur ajoutée par rapport au chiffre d’affaires ?
(a) Consommations intermédiaires : 310 000 + 48 000 + 37 000 = 395 000 €. Valeur ajoutée : 880 000 − 395 000 = 485 000 €.
(b) Les salaires ne sont pas des consommations intermédiaires : ils ne sont pas achetés à une autre unité productrice. Ils sont payés AVEC la valeur ajoutée, au titre de la répartition primaire — ils viennent après, pas avant.
(c) 485 000 / 880 000 = 55,1 %. L’entreprise ajoute un peu plus de la moitié de la valeur qu’elle vend ; le reste avait déjà été produit ailleurs.
Ce que l’exercice enseigne : c’est la question (b) qui départage les copies. Mettre les salaires dans les consommations intermédiaires est l’erreur la plus coûteuse du chapitre.
Retrancher les salaires. Ils sont un emploi de la valeur ajoutée, non une consommation intermédiaire.
06 Marchand, non marchand : appliquer le seuil
Pour chaque service, dites s’il est marchand ou non marchand, et comment il est évalué : (a) une place de cinéma à 11 € pour un coût de 8 € ; (b) une entrée de musée municipal à 4 € pour un coût de 15 € ; (c) une cantine scolaire à 3,50 € pour un coût de 9 € ; (d) un abonnement de train à 75 € pour un coût de 130 €.
(a) 11 € > 4 € (la moitié de 8 €) : marchand, évalué au prix de vente hors taxes. (b) 4 € < 7,50 € (la moitié de 15 €) : non marchand, évalué au coût de production. (c) 3,50 € < 4,50 € : non marchand. (d) 75 € > 65 € (la moitié de 130 €) : marchand, bien que le prix ne couvre pas le coût total.
Ce que l’exercice enseigne : le cas (d) est le seul qui demande de réfléchir. Un service subventionné reste marchand tant que son prix dépasse la moitié de son coût — le seuil n’est pas l’équilibre, c’est 50 %.
Comparer le prix au coût complet et conclure « non marchand » dès que le prix est inférieur. Le seuil est la moitié du coût.
07 Lire un tableau, et en faire des phrases
En 2024, la valeur ajoutée française se répartit ainsi (Insee, milliards d’euros courants, données semi-définitives) : agriculture 37,1 ; industrie manufacturière et extractive 366,3 ; construction 145,7 ; services principalement marchands 1 510,9 ; services principalement non marchands 565,0 ; ensemble 2 624,9. (a) Calculez la part de chaque branche. (b) Rédigez deux phrases exploitant ces parts, en citant la source. (c) Que ne dit pas ce tableau ?
(a) Agriculture 37,1 / 2 624,9 = 1,4 % ; industrie 366,3 / 2 624,9 = 14,0 % ; construction 145,7 / 2 624,9 = 5,6 % ; services marchands 1 510,9 / 2 624,9 = 57,6 % ; services non marchands 565,0 / 2 624,9 = 21,5 %.
(b) « En 2024, les services produisent 79,1 % de la valeur ajoutée française (Insee, données 2024 semi-définitives), soit près de quatre euros de richesse créée sur cinq. » — « L’industrie manufacturière et extractive n’en produit que 14,0 %, soit environ cinq fois moins. »
(c) Le tableau ne dit rien de l’évolution : une seule année ne montre ni tertiarisation ni désindustrialisation, qui sont des tendances. Il ne dit rien non plus de l’emploi, ni des effets de l’externalisation sur le classement des activités.
Ce que l’exercice enseigne : la question (c) est celle qui rapporte le plus. Savoir ce qu’un document ne montre pas est la marque d’une copie qui analyse au lieu de décrire.
Conclure à la désindustrialisation à partir de ce seul tableau. Une part mesurée une seule année ne prouve aucune évolution.
08 Un argument en AEI sur la tertiarisation
Rédigez un argument en AEI — Annoncer, Expliquer, Illustrer — répondant à la question : pourquoi les services occupent-ils une place croissante dans les économies à haut revenu ? Votre argument doit nommer un auteur et citer une donnée avec sa source et son année.
A — Annoncer. La tertiarisation s’explique d’abord par l’inégalité des gains de productivité entre les secteurs, et non par un simple changement de goûts des consommateurs.
E — Expliquer. Jean Fourastié montre, dans Le grand espoir du XXᵉ siècle (1949), que le progrès technique élève fortement la productivité dans l’agriculture puis dans l’industrie, et faiblement dans les services, où l’activité repose davantage sur du temps humain. Il faut donc de moins en moins de travailleurs pour produire les mêmes biens : la main-d’œuvre libérée se déplace vers le tertiaire, que la hausse du revenu disponible rend par ailleurs plus demandé.
I — Illustrer. En France, les services marchands et non marchands produisent 79,1 % de la valeur ajoutée en 2024, contre 14,0 % pour l’industrie manufacturière et extractive (Insee, valeur ajoutée par branche, données semi-définitives).
Ce que l’exercice enseigne : le E est la partie que les copies bâclent. Nommer Fourastié ne suffit pas — il faut dire ce qu’il a soutenu, et pourquoi cela explique le fait annoncé.
Écrire les trois lettres sans le mécanisme : « la tertiarisation augmente parce que les services augmentent » n’explique rien. Le E doit contenir une cause, pas une reformulation.
09 La répartition primaire, sur un cas
Une entreprise dégage 485 000 € de valeur ajoutée. Elle verse 295 000 € de rémunérations des salariés (cotisations comprises) et 18 000 € d’impôts sur la production, et reçoit 6 000 € de subventions d’exploitation. (a) Calculez son excédent brut d’exploitation. (b) Donnez la part de chaque bénéficiaire. (c) Que devient l’EBE ensuite ?
(a) Impôts nets : 18 000 − 6 000 = 12 000 €. EBE : 485 000 − 295 000 − 12 000 = 178 000 €.
(b) Rémunération des salariés : 295 000 / 485 000 = 60,8 %. Impôts nets : 12 000 / 485 000 = 2,5 %. EBE : 178 000 / 485 000 = 36,7 %. Total : 100 %.
(c) L’EBE rémunérera ensuite le capital : intérêts aux prêteurs, dividendes aux associés, et la part conservée financera les investissements — l’autofinancement.
Ce que l’exercice enseigne : l’EBE n’est pas le bénéfice. Il est brut — les amortissements n’en sont pas encore retirés — et il n’a pas encore payé les intérêts ni l’impôt sur les bénéfices.
Oublier de retrancher les subventions des impôts sur la production. Le programme parle bien d’impôts nets de subventions.
10 Un argument en AEI sur la désindustrialisation
La France se désindustrialise. Rédigez un argument en AEI qui nuance cette affirmation, puis indiquez en une phrase ce qu’il faudrait comme donnée supplémentaire pour trancher.
A — Annoncer. Le recul de la part de l’industrie dans la valeur ajoutée ne suffit pas à établir que la production industrielle diminue.
E — Expliquer. Une part est un rapport : elle peut baisser parce que le numérateur recule, mais aussi parce que le dénominateur progresse plus vite. Trois mécanismes distincts la font baisser sans qu’aucun n’implique une production moindre : les gains de productivité, qui permettent de produire autant avec moins d’emplois ; l’externalisation, qui reclasse dans les services des activités auparavant comptées dans l’industrie ; et la croissance plus rapide des services, qui gonfle le dénominateur.
I — Illustrer. En 2024, l’industrie manufacturière et extractive représente 14,0 % de la valeur ajoutée française et le secteur secondaire, construction comprise, 19,5 % (Insee, données semi-définitives) — des parts faibles, qui ne disent pourtant rien à elles seules du niveau produit.
La donnée qui manque : l’évolution de la production industrielle en volume sur longue période. Elle seule distingue une désindustrialisation relative d’une désindustrialisation absolue.
Ce que l’exercice enseigne : dire quelle donnée manque est une compétence à part entière, et c’est celle qui distingue une copie prudente d’une copie péremptoire.
Répondre par l’affirmative ou la négative. La question demande de nuancer, c’est-à-dire de montrer que le fait est mal établi par la donnée disponible.