Pourquoi et comment on fait l’inventaire
Ce que tu sauras faire : Situer les travaux d’inventaire, les classer et les ordonner.
1. Ce que l’inventaire corrige
ALa balance avant inventaire, et ses silences
La balance avant inventaire
L’état de tous les comptes à la date de clôture, tel qu’il résulte des seules opérations courantes de l’exercice — les achats, les ventes, les règlements.
Cette balance est exacte : chaque écriture y repose sur une pièce justificative, chaque total est équilibré.
Elle est pourtant incomplète, parce que la réalité de l’entreprise ne se résume pas aux factures reçues et émises. Trois choses lui échappent.
Trois écarts, et trois seulement, entre les comptes et la réalité.
Ce que les opérations courantes ne savent pas voir
| Ce qui échappe | Un exemple chez Vélocité | Pourquoi |
|---|---|---|
| Ce qui s’use | La camionnette a un an de plus | Aucune facture ne constate l’usure |
| Ce qui a perdu de la valeur | Un client ne paiera peut-être jamais | Aucune facture ne constate un risque |
| Ce qui n’est pas à la bonne date | L’assurance payée en octobre couvre aussi l’an prochain | La facture est datée d’octobre, la consommation non |
Les travaux d’inventaire
L’ensemble des écritures passées à la clôture pour que les comptes donnent une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat.
BTrois exemples pour comprendre l’enjeu
L’usure invisible
Vélocité a acheté une camionnette 19 705 € il y a deux ans. Elle figure toujours au bilan pour 19 705 €.
Elle ne les vaut manifestement plus. Si personne ne l’écrit, le bilan surévalue l’actif et le compte de résultat ignore un coût pourtant bien réel : celui de l’usage du véhicule pendant l’année.
La charge qui n’est pas de cette année
Le 1er octobre, Vélocité paie 1 200 € d’assurance couvrant douze mois.
Trois mois concernent l’exercice qui se termine, neuf mois l’exercice suivant. Laisser les 1 200 € en charge de l’année alourdirait le résultat de 900 € qui ne lui appartiennent pas.
Le produit qu’on a gagné sans l’avoir facturé
Le 28 décembre, Vélocité livre 2 400 € de vélos. La facture ne partira que le 4 janvier.
La vente appartient pourtant à l’exercice qui s’achève : c’est cette année qu’on a livré, et cette année que la marchandise est sortie du stock.
Le fil conducteur des trois exemples
Dans les trois cas, la question posée est la même : cette somme appartient-elle à l’exercice qui se termine ?
Retenir cette question vaut mieux que retenir les trois exemples.
2. Le principe qui commande tout
AL’indépendance des exercices
Le principe d’indépendance des exercices
Chaque exercice doit supporter les charges et les produits qui le concernent, et ceux-là seulement — quelle que soit la date de la facture ou du paiement.
Les deux questions de l’inventaire
· Ai-je enregistré des charges ou des produits qui ne sont pas de cet exercice ? → il faut les en retirer.
· Ai-je oublié des charges ou des produits qui sont de cet exercice ? → il faut les y ajouter.
Les quatre écritures de rattachement, en une vue
| La situation | Le sens | Le compte |
|---|---|---|
| Charge enregistrée, consommation de l’an prochain | Retirer une charge | 486 |
| Produit enregistré, livraison de l’an prochain | Retirer un produit | 487 |
| Charge consommée cette année, facture non reçue | Ajouter une charge | 408x |
| Produit gagné cette année, facture non émise | Ajouter un produit | 418x |
BPrudence et permanence, les deux principes voisins
Le principe de prudence
Une perte probable doit être enregistrée dès qu’elle est probable ; un gain, seulement lorsqu’il est réalisé.
La prudence à l’œuvre
Le client Cyclomax doit 3 600 € TTC (3 000 € hors taxes) et traverse des difficultés. Vélocité estime qu’elle n’en recouvrera que la moitié.
Elle enregistre dès maintenant la perte probable de 1 500 € hors taxes — la moitié de 3 000 € —, sans attendre qu’elle soit certaine.
À l’inverse, si le local de Vélocité a pris 30 000 € de valeur, elle n’enregistre rien : le gain n’est pas réalisé tant que le local n’est pas vendu.
Le principe de permanence des méthodes
Une entreprise applique les mêmes règles d’un exercice à l’autre, afin que les comptes restent comparables dans le temps.
Prudence ne veut pas dire pessimisme
La prudence impose d’enregistrer les pertes probables, pas les pertes imaginables.
Sous-évaluer volontairement un actif est une faute, au même titre que le surévaluer : dans les deux cas, l’image cesse d’être fidèle.
Un sujet qui te demande d’apprécier une dépréciation attend un raisonnement, pas un réflexe de méfiance.
3. Les six familles de travaux, et leur ordre
ALes six familles
Six familles, dix chapitres — puis quatre chapitres pour produire et contrôler les comptes.
Le programme du processus 2, en une page
| Famille | Ce qu’elle corrige | Chapitres |
|---|---|---|
| 1. Les stocks | Le stock du bilan est celui de l’an dernier | 2 |
| 2. Les amortissements | Les immobilisations s’usent | 3 |
| 3. Les dépréciations | Certains actifs ont perdu de la valeur | 4, 5 |
| 4. Les cessions | Un bien sorti du patrimoine doit en sortir aussi des comptes | 6 |
| 5. Les provisions | Un risque probable pèse sur l’exercice | 7 |
| 6. Les régularisations | Charges et produits ne sont pas au bon exercice | 8, 9, 10 |
Amortissement, dépréciation, provision : la distinction
· Amortissement — un actif s’use avec le temps ou l’usage. C’est certain et définitif.
· Dépréciation — un actif vaut moins que sa valeur comptable à un instant donné. C’est constaté et réversible.
· Provision — une dette probable existe, dont le montant ou l’échéance est incertain.
Ce qui n’est pas au programme de l’inventaire
Les opérations courantes — achats, ventes, règlements, TVA mensuelle — continuent jusqu’au 31 décembre et ne font pas partie de l’inventaire.
Un sujet d’inventaire commence toujours par : « la balance au 31 décembre avant inventaire se présente ainsi ». Tout ce qui précède est déjà fait.
BL’ordre des opérations
Les sept temps de la clôture
- L’inventaire physique : compter les stocks, vérifier l’existence des immobilisations, relever les caisses.
- Les régularisations d’actif : stocks, amortissements, dépréciations, cessions.
- Les régularisations de passif : provisions.
- Les rattachements : charges et produits constatés d’avance, charges à payer, produits à recevoir.
- La balance après inventaire : on revérifie que tout s’équilibre.
- Le solde des comptes de gestion : les classes 6 et 7 se vident dans le compte de résultat.
- L’établissement des documents de synthèse : bilan, compte de résultat, annexe.
L’erreur de chronologie la plus coûteuse
Déterminer le résultat avant d’avoir passé toutes les écritures d’inventaire.
Le résultat est le dernier chiffre de l’exercice, pas le premier. Dans un sujet d’examen, la question « calculez le résultat » arrive toujours après la liste des régularisations — et il faut toutes les avoir passées, y compris celles dont on n’est pas sûr.
La date des écritures d’inventaire
Toutes les écritures d’inventaire portent la date de clôture — le 31 décembre pour un exercice qui coïncide avec l’année civile.
Ce que ce chapitre te laisse
· La balance avant inventaire est exacte mais incomplète.
· Un seul principe commande : l’indépendance des exercices.
· Prudence : les pertes probables s’enregistrent, les gains latents non.
· Six familles : stocks, amortissements, dépréciations, cessions, provisions, régularisations.
· L’ordre compte : inventaire physique d’abord, résultat en dernier.
Signaler une erreur dans ce chapitre
Un chiffre qui ne tombe pas juste, un compte qui n’existe plus, une phrase incompréhensible : dites-nous ce que vous avez vu, nous le vérifions.